08.03.2009
La citation du jour, année 2009
"Nos actes ne sont éphémères qu'en apparence.Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l'avenir." Gustave Le Bon, Hier et Demain (3 juin 2009)
"La raison est une arme plus pénétrante que le fer." Philon, Pensées (2 juin 2009)
"Il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince... C'étaient des graines de baobab. Le sol de la planète en était infesté. Or un baobab, si l'on s'y prend trop tard, on ne peut jamais plus s'en débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater." Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince (29 mai 2009)
"Nous sommes dans une société qui donne à penser que l'on trouve obligatoirement le bonheur à travers la richesse." Tsai Ming-Liang, Aphorismes (20 mai 2009)
"Contrairement à la croyance reçue, il y a moins de désordre dans la nature qe dans l'humanité." Edgar Morin, Le paradigme perdu (14 mai 2009)
"La violence contre mai 68 cherche à préserver l'hégémonie sans réserve du service des biens. Comme nous le savons, le service des biens, c'est le service de ceux qui ont des biens." Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (13 mai 2009)
"Faire semblant qu'un danger n'existe pas, le meilleur moyen de tomber dedans." Alain Rey (13 mai 2009)
"L'expansion des industries transforme la société en une gigantesque machine qui, au lieu de libérer les humains, restreint leur espace d'autonomie et détermine quelles fins ils doivent poursuivre et comment. Nous devenons les serviteurs de cette mégamachine. La production n'est plus à notre service, nous sommes au service de la production. Et en raison de la professionnalisation simultanée des services de tout genre, nous devenons incapables de nous prendre en charge, d'autodéterminer nos besoins et de les satisfaire nous-mêmes : nous dépendons en toute chose de 'professions incapacitantes'." André Gorz, Lettre à D. (12 mai 2009)
"Nous ne pouvons nous réconcilier avec la variété du genre humain et avec les différences entre les hommes (...) qu'en prenant conscience, comme d'une grâce extraordinaire, du fait que ce sont les hommes et non l'Homme qui habitent la terre." Hannah Arendt, De l'humanité dans de sombres temps (11 mai 2009)
"Je trouve que tout parti est nécessairement bête. Parce que les idées viennent d'en haut en affectant la forme de ce qui se pense en bas. C'est la meilleure manière de faire une idée stupide. Parce que, bien sûr, c'est d'en bas que doit se forger la pensée." Jean-Paul Sartre, L'espoir maintenant (10 mai 2009)
"La mode exige le renouvellement. C'est un contresens. Non seulement on ne renouvelle pas, la vie est trop courte pour nous permettre seulement de devenir quelque chose, alors renouveler un rien, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est ridicule." Alain Cuny, Le désir de parole (9 mai 2009)
"Peut-on soutenir durablement (...) qu'un immigré qui paie ses impôts est moins citoyen qu'un national qui fraude le fisc ou qu'un demandeur d'asile - qui lui au moins a choisi quelque chose - a naturellement moins de droits dans le pays qui l'accueille qu'un abstentionniste qui refuse de prendre part au débat collectif ?" Paul Hermant, Au temps pour moi (8 mai 2009)
"En sorte que les riches se disaient : il n'est rien de vrai que la richesse ; tout le reste est un rêve, jouissons et mourons ! Ceux d'une fortune médiocre disaient : il n'y a rien de vrai que l'oubli ; tout le reste est un rêve ; oublions et mourons ! Et les pauvres disaient : il n'y a de vrai que le malheur ; tout le reste est un rêve ; blasphémons et mourons !" Alfred de Musset, La confession d'un enfant du siècle (7 mai 2009)
"Tout homme politique est, au sens fort du terme, un homme politique qui promet." Gilbert Keith Chesterton, La lune rouge de Meru (6 mai 2009)
"Qui a intérêt aux frontières ? Les rois ! Diviser pour régner. Une frontière implique une guérite, une guérite un soldat. 'On ne passe pas', mot de tous les privilèges, de toutes les prohibitions, de toutes les censures, de toutes les tyrannies. De cette frontière, de cette guérite, de ce soldat sort toute la calamité humaine." Victor Hugo, Discours au Congrès de la Paix, Lausanne, septembre 1869 (5 mai 2009)
"Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit ; la vie est beaucoup plus au passé qu'au présent. Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait apparaître éternel. Quand on aime la vie, on aime le passé parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine." Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts (4 mai 2009)
"A égalité de bêtise, la différence de corpulence entre en jeu. Un imbécile ne devrait pas occuper trop d'espace." Karl Kraus, Dits et contredits (3 mai 2009)
"C'est un siècle damné. Le mal s'est tellement insinué dans le tissu de la vie qu'on ne pourra bientôt plus respirer sans collaborer avec l'ennemi. Mais il y aura toujours dans cette nuit des hommes capables de relever le défi de la lumière." Lydie Dattas, Les amants lumineux (2 mai 2009)
"Il ne suffit pas de savoir guérir de la peste, il faut savoir la déplorer." Miguel de Unamuno, Le sentiment tragique de la vie (1er mai 2009)
"Ceux qui prétendent organiser une culture sécuritaire qui détruirait l'angoisse et nous offrirait des distractions incessantes pour lutter contre l'ennui nous proposent-ils autre chose qu'une lobotomie culturelle ?" Boris Cyrulnik, L'Ensorcellement du monde (30 avril 2009)
"Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile." Thucydide, La Guerre du Péloponnèse (29 avril 2009)
"Si nous ne nous efforçons pas d'opposer, instant après instant, quelque chose de rayonnant et de fort qui soit la promesse d'un recommencement dans des lieux entièrement nouveaux, nous sommes perdus, perdus pour de bon et pour toujours." Etty Hillesum, Une vie bouleversée (28 avril 2009)
"Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai pas protesté, je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester." Martin Niemöller, Poème, Dachau, 1942 (27 avril 2009)
"Les femmes résistent dans le huis clos de leur ventre : les naissances sont leur refus." Dominique Sampiero, Ame soeur (26 avril 2009)
"Pourquoi vouloir échanger le sage ne-pas-comprendre de l'enfant contre lutte et mépris puisque ne pas comprendre c'est accepter d'être seul, et que lutte et mépris sont des façons de prendre part aux choses mêmes que l'on veut ignorer." Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète (25 avril 2009)
"La terre se couvre d'une nouvelle race d'hommes à la fois instruits et analphabètes, maîtrisant les ordinateurs et ne comprenant plus rien aux âmes, oubliant même ce qu'un tel mot a pu jadis désigner. Quand quelque chose de la vie les atteint malgré tout - un deuil ou une rupture -, ces gens sont plus démunis que des nouveaux-nés. Ils leur faudrait alors parler une langue qui n'a plus cours, autrement plus fine que le patois informatique." Christian Bobin, Ressusciter (24 avril 2009)
"Est-ce que les hochets, les grandeurs font rempart au néant ? Je croirais plutôt qu'ils y poussent. Plus on se sent acculé au rien, plus on est tenté de meubler le vide par du décoratif." Claude Roy, Permis de séjour, 1977-1982 (23 avril 2009)
"Une société qui se fragmente à l'infini, sans mémoire et sans solidarité, une société qui ne retrouve son unité que dans la succession des images que les médias lui renvoient chaque semaine d'elle-même. Une société sans citoyens, et donc, finalement une non-société." Jean-Marie Guéhenno, La fin de la démocratie (22 avril 2009)
"Apprendre à penser, à réfléchir, à être précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l'autre, c'est être capable de dialoguer, c'est le seul moyen d'endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s'exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n'est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c'est ce qui menace d'engloutir notre idéal occidental et humaniste." Jacqueline de Romilly, Dans le jardin des mots (21 avril 2009)
"Vous savez, quand des parents me demandaient, à propos de leur fils, comment il se situait dans la classe, il m'arrivait de répondre, assez agacée : 'Il est très bien situé, près de la fenêtre...' Et, devant le mécontentement que suscitait ma réponse, j'ajoutais : 'Un élève n'a pas à être meilleur que les autres. Il a à être meilleur qu'hier'." Evelyne Charmeux, D'un bien mauvais usage du superlatif (20 avril 2009)
"L'effort d'unir sagesse et pouvoir aboutit rarement et seulement très brièvement." Albert Einstein, Comment je vois le monde (19 avril 2009)
"On n'a l'expérience du bien qu'en l'accomplissant. On n'a l'expérience du mal qu'en s'interdisant de l'accomplir, ou, si on l'a accompli, qu'en s'en repentant. Quand on accomplit le mal, on ne le connaît pas, parce que le mal fuit la lumière." Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce (18 avril 2009)
"Cet impératif de raplapla qui se targue d'essentiel, la voilà la Terreur. Les fascistes, toujours, ont vénéré l'efficacité des idées élémentaires, adoré la force vitale et voué à l'exclusion les dégénérés de toutes sortes. Aujourd'hui, ce sont nos gentils moralistes démocrates. Que s'est-il passé ? Un autre travestissement du populisme fait pour rassurer et déculpabiliser l'Opinion (qui ne lit pas, ou presque) ? Les conséquences ne se sont pas fait attendre, les gentils philosophes simples et démocrates sont devenus des stars télé." Michèle Hechter, M. & M. (17 avril 2009)
"Mais enfin, il faut être de son temps. Moi-même, je me répète toujours ça, chaque fois que je vois un tracteur remplacer une belle charrette...vous savez, ces charrettes... si belles... d'un bleu... ineffable..." Nathalie Sarraute, Le Silence (16 avril 2009)
"L'imagination n'a pas seulement une fonction esthétique, mais aussi éthique. Littéralement, il faut inventer la vérité.(...) Les honnêtes gens ne disent rien, car ils ne voient rien. Et s'ils ne voient rien, en fin de compte, ce n'est pas faute d'avoir des yeux, mais, précisément, faute d'imagination." Simon Leys, Orwell ou l'horreur de la politique (15 avril 2009)
"Vois donc les orateurs dans les cités : tant qu'ils sont pauvres, la justice préside à leur conduite envers le peuple et envers l'Etat ; mais une fois enrichis, ils deviennent injustes, trahissent le peuple et attaquent le gouvernement démocratique." Aristophane, Ploutos (14 avril 2009)
"Notre monde repose sur les épaules de l'autre. Sur des enfants au travail, sur des plantations et des matières premières payées bon marché : des épaules d'inconnus portent notre poids, obèse de disproportion de richesses. Je l'ai vu." Erri De Luca, Sur la trace de Nives (13 avril 2009)
"Le préjugé est un valet indispensable qui chasse du seuil les impressions importunes. Seulement, on ne doit pas se laisser mettre soi-même à la porte par son valet." Karl Kraus, Dits et contredits (12 avril 2009)
"Une métamorphose du libéralisme en autoritarisme s'annonce depuis 1989. Un dispositif de contrainte et de hiérarchisation s'esquisse, analogue à celui des anciens empires. Nous entrons dans un règne qui vise, comme jadis à parachever son hégémonie par l'exaltation des fantaisies des puissants, l'abaissement des citoyens libres et l'écrasement des indigents." Denis Duclos, Une nouvelle caste planétaire (11 avril 2009)
"Au retour d'un exil de quinze ans / Je me suis installé dans une belle maison. / Chaque jour me rappelle les privilèges / Qui m'ont valu cette maison. J'espère / Que cela ne me fera pas prendre en patience les taudis / Où logent tant d'autres par milliers. Toujours / Sur l'armoire avec les manuscrits est posée / Ma valise." Bertolt Brecht, Journal de travail (10 avril 2009)
"Ainsi en appliquant au citoyen, ou plutôt à l'être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu'ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c'est l'humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse." Giorgio Agamben, Non au tatouage biopolique (9 avril 2009)
"La force d'une route de campagne est autre selon qu'on la parcourt à pied ou qu'on la survole en aéroplane. La force d'un texte est autre selon qu'on le lit ou qu'on le copie. Qui vole voit seulement la route s'avancer à travers le paysage : elle se déroule à ses yeux selon les mêmes lois que le terrain qui l'entoure. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa domination, et apprend comment de cet espace qui n'est pour l'aviateur qu'une plaine déployée, elle fait sortir, à chacun de ses tournants, des lointains, des belvédères, des clairières, des perspectives, comme l'ordre d'un commandant fait sortir les soldats du rang." Walter Benjamin, Sens unique (8 avril 2009)
"Il manque dans cette façon d'être de la foule bourgeoise et populaire entassée ici l'intelligence historique. C'est la province, et non plus une zone sous-développée. Et on peut tout aimer sauf la province." Pier Paolo Pasolini, La longue route de sable (7 avril 2009)
"Le point de rupture qui se forme ne se situe pas entre une société capitaliste et une autre postcapitaliste, ni non plus entre un 'bon' capitalisme (l'économie de marché sociale) et un 'mauvais' capitalisme (la jungle, l'économie de marché de type 'casino'). Il s'établit plutôt entre un capitalisme national faiblissant et un capitalisme mondial grandissant." Riccardo Petrella, Limites à la compétitivité (6 avril 2009)
"Si l'homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d'être vu." René Char, Feuillet d'Hypnos (5 avril 2009)
"Je me suis souvent demandé si la véritable essence de tous les liens humains n'est pas le désintéressement qui n'attend rien ni ne veut rien, mais absolument rien de l'autre et qui réclame d'autant moins qu'il donne davantage. Lorsqu'on fait le don de ce bien suprême qu'un homme peut donner à un autre homme, je veux dire la confiance absolue et passionnée, et lorsqu'on doit constater que l'on n'est payé que d'infidélité et de bassesse, a-t-on le droit d'être blessé et de crier vengeance ?" Sandor Marai, Les braises (4 avril 2009)
"A quel point il est louable pour un prince de tenir sa parole et de vivre avec intégrité et non avec ruse, chacun peut le comprendre ; néanmoins on voit par expérience, de notre temps, que les princes qui ont fait de grandes choses ont peu tenu compte de la parole donnée et ont su par la ruse circonvenir les cerveaux des hommes : et à la fin ils ont dépassé ceux qui se sont fondés sur la loyauté." Machiavel, Le Prince (3 avril 2009)
"Et de nouveau, il lui vint une idée que nous connaissons déjà : la vie humaine n'a lieu qu'une seule fois et nous ne pourrons jamais vérifier quelle était la bonne et quelle était la mauvaise décision, parce que, dans toute situation, nous ne pouvons décider qu'une seule fois. Il ne nous est pas donné une deuxième, une troisième, une quatrième vie pour que nous puissions comparer différentes décisions." Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être (2 avril 2009)
"Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire 'non' encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous aurez dit 'oui'." Jean Anouilh, Antigone (1er avril 2009)
"Le mouton est mal placé pour juger ; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui ; et l'on voit bien qu'ils croiraient tout perdu s'ils n'entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. Et j'ai entendu conter que les moutons que l'on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s'ils ne sont pas accompagnés de leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par nature ; car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu'à l'égorgement ; mais c'est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments. Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup, et encore plus les effrayant du mouton noir, s'il s'en trouve qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton, c'est justement le berger." Alain, Propos (31 mars 2009)
"Des actes de désobéissance civile interviennent lorsqu'un certain nombre de citoyens ont acquis la conviction que les mécanismes normaux de l'évolution ne fonctionnent plus ou que leurs réclamations ne seront pas entendues ou ne seront suivies d'aucun effet - ou encore, tout au contraire, lorsqu'ils croient possible de faire changer d'attitude un gouvernement qui s'est engagé dans une action dont la légalité et la constitutionnalité sont gravement mises en doute." Hannah Arendt, Du mensonge à la violence (30 mars 2009)
"N'en doutez jamais : une poignée de citoyens engagés et déterminés peuvent changer le monde. En réalité, c'est même toujours ainsi que les choses se sont produites." Margaret Mead, Aphorismes (29 mars 2009)
"Il se pénétrait de la pensée qu'il était pauvre, comme du suave parfum de la rose, comme un baume. Il appartenait aux pauvres corps et âme, de toutes ses pensées, de tous ses sens, de tout son coeur. Il aimait les chemins dérobés entre les hautes haies, et les soirs étaient ses amis. Il ne connaissait pas de plus haute jouissance que celle du jour et de la nuit." Robert Walser, Petits textes poétiques (28 mars 2009)
"Mieux vaut être comme je suis, méprisé et le savoir que, méprisé quand même, s'entendre flatter. Le plus misérable, le plus infime, le plus disgracié de la fortune, vit toujours dans l'espoir et non dans la crainte. Le changement n'est déplorable que pour les heureux ; les malheureux ne peuvent qu'y gagner." William Shakespeare, Le roi Lear (27 mars 2009)
"Tous les peuples du monde, tous, sans exception, sont en avance sur leurs gouvernants. De même que le cinéma, partout dans le monde, est en retard sur son spectateur." Marguerite Duras, Le camion (26 mars 2009)
"Je ne conteste pas la mondialisation mais la manière dont elle a été conduite. J'estime qu'elle peut être plus efficace et plus respectueuse. En cela, je rejoins le slogan des altermondialistes : oui, il y a une alternative, 'un autre monde est possible'. Mais je crois qu'aujourd'hui avec la crise, la critique des excès de l'économie de marché est largement partagée. Il y a un consensus grandissant pour établir de nouvelles règles en y associant les pays en voie de développement." Joseph Stiglitz, Un autre monde est possible (25 mars 2009)
"C'est une pesanteur des sociétés marchandes - et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre - que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance." Christian Bobin, L'homme qui marche (24 mars 2009)
"Car gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature et instinct un aiguillon qui les détourne du vice et les pousse à faits vertueux, lequel ils nommaient honneur." François Rabelais, Pantagruel (23 mars 2009)
"Devant la porte de l'usine / le travailleur soudain s'arrête / le beau temps l'a tiré par la veste / et comme il se retourne / et regarde le soleil / tout rouge tout rond / souriant dans son ciel de plomb / il cligne de l'oeil / familièrement / Dis donc camarade Soleil / tu ne trouves pas / que c'est plutôt con / de donner une journée pareille / à un patron ?" Jacques Prévert, Le temps perdu (22 mars 2009)
"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social, qui a 'civilisé' l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité." Pierre Bourdieu, Contre-feux 2 (21 mars 2009)
"Le développement de la finance a permis de faire circuler l'argent des endroits où il y en avait trop vers les endroits où il n'y en avait pas assez. Mais ça a aussi entraîné une activité parasitaire, celle des spéculateurs. Les parasites peuvent vivre sur un système hôte, mais à partir du moment où ils sont trop nombreux, ils le tuent." Paul Jorion, Remettons l'argent au service de l'économie (20 mars 2009)
"Aujourd'hui, tout est organisé pour faire croire à la disparition du collectif. Même en littérature, on véhicule le cliché de l'écrivain de la vocation isolée, qui n'a de vérité qu'en lui-même. Or on ne peut que s'enrichir en travaillant avec les autres. Je sais que ce n'est pas une idée neuve, mais je crois à l'intelligence collective." Olivier Rohe, La soif de l'autre (19 mars 2009)
"Résister, c'est d'abord, et tout simplement, ne pas céder, même si la situation est compromise, même si la posture est mauvaise, même si l'on est acculé à une position de faiblesse ou d'impuissance peut-être passagère. Résister implique de reconnaître sa faiblesse, d'admettre le rapport de forces défavorable, mais sans jamais y consentir, sans consentir à sa faiblesse, sans l'accepter, sans y souscrire et sans s'y résigner." Daniel Bensaïd, Résistance. Essai de taupologie générale (18 mars 2009)
"Les banques doivent être mises sous tutelle. Au même titre que l'uranium enrichi, la banque néolibérale - et le système de crédit qui s'est développé comme une arme de destruction massive - constitue une menace pour l'humanité. Bien que les ravages engendrés soient plus importants que l'attaque du 11 septembre, les coupables du terrorisme financier courent en toute impunité. Pour eux, pas de Guantanamo, pas d'arrestation à domicile ou de cellule de luxe, tout au plus une confortable prime de départ." Paul Goossens, L'économie réelle n'était qu'une fiction in Le Soir, 6 février 2009 (17 mars 2009)
"Par miracle économique, on entend un ensemble intégré de belles statistiques macroéconomiques, de grands profits pour les investisseurs étrangers et de vie de luxe pour les élites locales ; avec, en petits caractères, un accroissement de la misère pour la majorité de la population." Noam Chomsky, L'an 501, la conquête continue (16 mars 2009)
"La génération même pour qui l'attente fiévreuse de l'avenir est la vie tout entière végète, dans le monde entier, avec la conscience qu'elle n'a aucun avenir, qu'il n'y a point de place pour elle dans notre univers. Au reste ce mal, s'il est plus aigu pour les jeunes, est commun à toute l'humanité d'aujourd'hui. Nous vivons une époque privée d'avenir. L'attente de ce qui viendra n'est plus espérance, mais angoisse." Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociales (15 mars 2009)
"La première panacée pour une nation mal dirigée est l'inflation monétaire, la seconde est la guerre.Les deux apportent prospérité temporaire et destruction indélébile. Les deux sont le refuge des opportunismes économiques et politiques." Ernest Hemingway, Notes sur la guerre (14 mars 2009)
"Il est l'heure pour Israël et pour la Palestine de se démarquer nationalement de ce passé dont les uns furent les proies et auquel les autres furent étrangers. De reconnaître chacun sa propre indépendance de fait et de s'admettre tous deux plus proches l'un de l'autre que des puissances qui prétendent les rapprocher." Viviane Forrester, Le crime occidental (13 mars 2009)
"C'est, en premier lieu, à l'administration américaine - au nouveau président Barack Obama - qu'il incombe, au nom du droit, de faire pression sur les protagonistes, et de se poser en médiatrice impartiale dans un processus négocié entre Israël et la Palestine : ses premiers pas semblent indiquer un frémissement de raison. Nous l'adjurons solennellement de changer radicalement la ligne politique et diplomatique désastreuses de l'ancien cours, de tout faire pour encourager et favoriser un retour au dialogue direct, sur des bases réalistes. Le nouveau cours américain se doit de correspondre au rendez-vous des peuples de cette région du monde avec les libertés et la démocratie, pour que chacun d'eux réinvente sa propre nation, après tant de guerres et de rêves insensés. Un new deal résolu peut être un levier décisif de ces espoirs." Tewfik Allal, Israël-Palestine : l'urgence d'un new-deal (12 mars 2009)
"Le projet sioniste a cru que la rédemption de l'existence juive ne serait possible qu'en rompant avec notre passé juif et en tournant le dos à notre environnement arabe. Au contraire, ce n'est qu'en retrouvant ses racines juives et en s'ouvrant à la dimension arabe de son identité et de son environnement que la société israélienne pourra enfin construire sa vie dans la normalité et projeter l'avenir de ses enfants avec sérénité." Michel Warschawski, Sur la frontière (11 mars 2009)
"Pourquoi un juif qui réclame la terre qui lui a été donnée par Dieu est-il un 'ultranationaliste', alors qu'un musulman qui tient le même raisonnement est un 'fondamentaliste' ? Pourquoi une dictature arabe qui choisit une politique différente que celle des Occidentaux est-il 'antioccidental', alors que cette étiquette n'est jamais appliquée dans l'autre sens ? Imagine-t-on un leader américain qualifié de 'radicalement antiarabe' ? Un responsable politique israélien qui croit que seule la violence peut protéger son peuple est appelé un 'faucon'. A-t-on jamais entendu parler d'un 'faucon' palestinien ? Non, c'est un 'extrémiste' ou un 'terroriste'." Joris Luyendijk, Les mots biaisés du Proche-Orient (10 mars 2009)
"En vérité, Israël n'a jamais réellement quitté Gaza et n'a jamais accordé aux Palestiniens qui y résident ne serait-ce qu'un semblant de souveraineté. Dès l'origine, l'intention était de créer une vaste 'réserve indienne' enclose, préfigurant l'instauration d'autres 'réserves' similaires en Cisjordanie." Shlomo Sand, David et Goliath ou le mythe inversé (9 mars 2009)
"Davantage en Palestine qu'ailleurs, les femmes me parurent posséder une qualité de plus que les hommes. Aussi brave, courageux, aussi attentif aux autres, tout homme était limité par ses propres vertus. Aux leurs les femmes, d'ailleurs non admises sur les bases mais responsables des travaux des camps, ajoutaient à toutes une dimension qui semblait sous-entendre un rire immense." Jean Genet, Un captif amoureux (8 mars 2009)
"On ne le rappellera jamais assez : les accords d'Oslo n'étaient pas un contrat de mariage entre deux époux égaux en droits et en devoirs, mais un arrangement entre un occupant et un occupé. Et l'occupant imposa, à chaque étape et avec l'appui des Etats-Unis, son seul point de vue." Alain Gresh, Israël-Palestine, Vérités sur un conflit (7 mars 2009)
"La haine tragique, qui est à la source du désir irrépressible, absolu, de vengeance, construit un ennemi incarné, individualisé sous la forme d'un être en chair et en os. Sa présence réelle accroît la haine du vengeur qui 'tutoie' presque l'objet de son élection vindicative. En toute logique la tentation de la violence est exacerbée par la proximité, qu'elle soit physique ou affective." Véronique Nahoum-Grappe, Du rêve de vengeance à la haine politique (6 mars 2009)
"Le monde n'est pas divisé entre les démocraties et l'Islam, mais entre la civilisation théocratique et la civilisation démocratique. On trouve le même Dieu dans le judaïsme, le christianisme et l'Islam. Et une coalition voit le jour entre certains des adeptes de ces trois religions contre certains d'entre nous...Moi, si le Dalaï-lama et le rabbin raciste Kahane tombent à l'eau et que je ne peux en sauver qu'un, je sauve le dalaï-lama, parce qu'il est mon frère dans le système de valeurs qui est le mien. Si vous regardez le monde de cette manière, la question de l'antisémitisme n'est plus la même." Avraham Burg, La mémoire de la Shoah mine-t-elle Israël ? (5 mars 2009)
"Nous sommes exaspérés, vous nous avez pris la terre et l'eau, vous contrôlez nos moindres mouvements. Donnez-nous au moins la possibilté de nous unir à vous. Autrement nous mourrons avec vous. Mais vous, même si vous êtes très doués pour vous insinuer au milieu des autres, vous êtes renfermés sur vous-mêmes, vous ne vous intégrez pas et ne laissez jamais que les autres s'intègrent avec vous. Donc, que pouvons-nous encore faire ? Vous haïr, et prier pour qu'arrive le moment où vous vous en irez. Ces terres ne seront jamais votre patrie si vous ne savez pas vous mêler à tout ce qui s'y trouve. Allez, reprenez votre bâton de voyageur et allez-vous en. Même l'enfant que je porte en moi n'attend que ça !" Abraham B. Yehoshua, Un feu amical (4 mars 2009)
"Le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se faire, dans la paix, le plus de bien, et, dans la guerre, le moins de mal qu'il est possible." Montesquieu, L'esprit des lois (3 mars 2009)
"Le projet des grands partis israéliens semble clair : détruire la perspective d'un véritable Etat palestinien dont la création est un objectif internationalement reconnu. Zébrée de murs et de barrages, grêlée de colonies, la Cisjordanie resterait un conglomérat de bantoustans perfusé par l'Union européenne. Et Gaza sera bombardé chaque fois qu'il plaira à son voisin de 'riposter', de façon disproportionnée, à des attentats ou à des tirs de roquettes. Au fond, après soixante et un ans de défaites, d'humiliations, d'exils, de violation des accords signés, de colonisation, de guerres fratricides, alors que les gouvernements du monde entier les ont abandonnés à leur sort et ont autorisé que le droit international, y compris humanitaire, soit foulé aux pieds, il est presque miraculeux que les Palestiniens conservent la détermination de concrétiser un jour leur identité nationale." Serge Halimi, Abandon de peuple, in Le Monde diplomatique n°659 (2 mars 2009)
"Abderhamane, Martin, David / Et si le ciel était vide / Tant de processions, tant de têtes inclinées / Tant de capuchons, tant de peurs souhaitées / Tant de démagogues, de temples, de synagogues / Tant de mains pressées, de prières empressées / Tant d'angélus / Qui résonnent / Et si en plus / Y'a personne." Alain Souchon, Et si en plus y'a personne (1er mars 2009)
"L'identité israélienne s'est forgée dans un processus de colonisation et par une double destruction : celle de l'existence de la population arabe indigène et celle de l'identité, ou plutôt des identités juives antérieures au sionisme. Elle est donc, consciemment et volontairement, une identité contre.(...) Etre israélien, c'est en quelque sorte refuser à la fois d'être juif et d'être arabe." Michel Warschawski, Sur la frontière (28 février 2009)
"C'est bien de placer au pouvoir un meilleur candidat - ou peut-être un moins mauvais - , mais c'est le début, pas la fin. Si l'on s'en tient là, on aurait aussi bien pu ne pas voter. Si l'on ne contribue pas à une culture démocratique vivante, permanente, capable de faire pression sur les candidats, il ne feront pas ce pour quoi nous les avons élus. Glisser un bout de papier dans une urne et rentrer chez soi ne changera rien." Noam Chomsky, Une leçon anti-découragement (27 février 2009)
"Vu que le lobby pro-israélien est devenu au fil de temps l'un des plus puissants aux Etats-Unis, les candidats aux hautes fonctions prêtent une attention toute particulière à ses recommandations. Profondément attachés à Israël, les individus et les groupes qui composent le lobby aux Etats-Unis refusent que les hommes politiques américains critiquent ce pays, même lorsque cette critique est légitime ou dans l'intérêt d'Israël. Ces groupes veulent au contraire que les leaders américains traitent Israël comme s'il s'agissait du cinquante et unième Etat de l'Union. Les démocrates comme les républicains redoutent les coups du lobby. Ils ont tous conscience que quiconque conteste sa politique a peu de chances d'être élu président." John J. Mearsheimer & Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (26 février 2009)
"La communauté est devenue hypersensible, elle est submergée par un imaginaire du désastre qu'elle ne contrôle plus intellectuellement. La mort est à la porte de chaque habitant juif. La peur est partout. La Raison a déraillé. L'angoisse est devenue la preuve suprême d'authenticité. Les comparaisons imprécises et provocatrices abondent. L'imaginaire de l'Holocauste est omniprésent." Leon Wieseltier, Hitler est mort : plaidoyer contre la panique ethnique des Juifs américains, in New Republic (25 février 2009)
"Si j'étais dirigeant arabe, jamais je ne ferais de concessions à Israël. C'est tout naturel : nous leur avons pris leur pays. Bien sûr, c'est Dieu qui nous l'a promis, mais qu'est-ce que ça peut bien leur faire ? Notre Dieu n'est pas le leur. Nous venons d'Israël, c'est vrai, mais c'était il y a deux mille ans, qu'est-ce que ça représente pour eux ? Il y a eu l'antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais est-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus jusqu'ici pour leur voler leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter une chose pareille ?" David Ben Gourion, cité par Nahoum Goldmann, The Jewish Paradox (24 février 2009)
"Regardez ce qui est arrivé à ce jeune et audacieux pays, si plein de passion et d'esprit. Comment dans un processus de sénilité accélérée, Israël est retombé en enfance, dans un état permanent d'irritabilité et de colère et d'occasions ratées. Comment cela s'est-il produit ? Quand avons-nous perdu même l'espoir que nous pourrions un jour vivre une vie différente, meilleure ? Plus que cela, comment se fait-il que nous continuions aujourd'hui à ne pas réagir et à rester hypnotisés, alors que la folie et la vulgarité, la violence et le racisme envahissent notre maison ?" David Grossman, Discours prononcé à la mémoire de Yitzhak Rabin, novembre 2006 (23 février 2009)
"Aujourd'hui c'est l'autisme de l'Etat hébreu et la suicidaire cécité de son opinion qui constituent l'obstacle à la paix. Tant qu'Israël ne changera pas d'attitude, tant qu'il se laissera dicter sa conduite par la partie la plus extrémiste de son opinion et de ses forces politiques, il ne devra pas s'étonner de trouver en face de lui des Frankenstein qu'il aura contribué à fabriquer." Sophie Bessis & Tewfik Allal, L'arbre du Hamas ne doit pas cacher la forêt de l'occupation (22 février 2009)
"Les objectifs exacts de l'opération ('Plomb durci ') ont été laissés flous, mais les Palestiniens étaient de toute façon supposés 'apprendre une leçon', comme si souvent dans le passé. Depuis sa création, le mouvement sioniste a toujours estimé représenter la justice, le progrès et la raison face à une populace arabe primitive et violente. Il a donc fallu 'faire comprendre' aux Arabes la vraie nature du rêve sioniste et en particulier sa détermination à se réaliser coûte que coûte." Tom Segev, A Gaza, Goliath parle hébreu (21 février 2009)
"Même un enfant né d'un acte de viol a le droit de vivre. La création d'Israël par des juifs dont beaucoup étaient des rescapés des camps d'extermination a été un acte de viol contre les populations arabes de Palestine. Il a fait naître la société israélienne qui vit déjà depuis soixante-dix ans, et qui a développé sa culture. On ne règle pas une tragédie en en créant une autre. Cet enfant a le droit d'exister. Sauf qu'il faut l'éduquer pour qu'il ne perpétue pas l'acte de son père." Shlomo Sand, Entretien in Télérama n°3081 (20 février 2009)
"Vous ne pouvez pas comprendre, disent certains juifs... Si, justement nous pouvons comprendre. Le génocide des juifs n'est pas un fait inaccessible à tous les non-juifs, il n'est pas l'affaire des seuls juifs, mais celle de tous les êtres humains. Il fait partie du patrimoine commun de l'humanité. Nous devons y réfléchir, précisement parce qu'il nous interroge sur notre humanité." Alain Gresh, Israël-Palestine, Vérités sur un conflit (19 février 2009)
"La Bande de Gaza : le lieu le plus misérable du monde, où chaque enfant est laissé plus à l'abandon qu'une friche ! La côte de Nuits, où chaque grappe de raisin est aussi dorlotée qu'un enfant de riche !" Lydie Dattas, Les amants lumineux (18 février 2009)
"La différence entre ce que je défends et la mentalité officielle israélienne - je dirais même la mentalité dominante aujourd'hui en Israël - , c'est que celle-ci conduit à une conception exclusiviste de la Palestine alors que, pour nous, il s'agit d'un lien pluriel, car nous acceptons l'idée d'une pluralité culturelle, historique, religieuse en Palestine. Ce pays en a hérité. Il n'a jamais été unidimensionnel ni à un seul peuple." Mahmoud Darwich, Entretien avec Muriel Steinmetz (17 février 2009)
"Le problème majeur a toujours été qu'Israël ne veut pas que Gaza se développe, et qu'Israël ne veut pas résoudre ce conflit par la voie diplomatique. Autant à Damas qu'à Gaza, les leaders palestiniens ont déclaré à plusieurs reprises leur volonté de résoudre ce conflit en se basant sur les frontières de 1967. (...) Chaque année, l'Assemblée Générale des Nations-Unies soumet à un vote une résolution appelée 'Pour une résolution pacifique de la question de la Palestine'. Et tous les ans le vote est le même. C'est le monde entier d'un côté ; Israël, les Etats-Unis, quelques minuscules îles du Sud et l'Australie de l'autre. Le vote de l'année dernière a été 164 contre 7. Chaque année depuis 1989 - en 1989 le résultat était de 151 contre 3 - , le monde entier d'un côté, les Etats-Unis et l'Etat insulaire de la Dominique (Dominica) de l'autre côté." Norman Finkelstein, Quelques vérités à propos du Hamas et de l'attaque israélienne sur Gaza (16 février 2009)
"Seuls les Etats totalitaires rendent obligatoire l'amour de la patrie." Tzvetan Todorov, La peur des barbares (15 février 2009)
"Israël n'a d'avenir que dans l'acceptation de sa réalité moyen-orientale et de son intégration dans le monde arabe environnant. Cette volonté d'intégration exige tout d'abord l'ouverture à l'autre, comme égal et comme partenaire dans la construction d'un avenir où la sécurité et le bien-être de l'un dépendent de la sécurité et du bien-être de l'autre. Car si la paix, comme l'exige le bons sens, nécessite des relations de réciprocité, d'égalité et de respect mutuel, une véritable révolution culturelle est nécessaire pour passer de l'état de domination à l'état de paix." Michel Warschawski, Sur la frontière (14 février 2009)
"Ce qui sera marqué au fer rouge dans la conscience du monde, c'est l'image d'Israël, monstre sanguinolent, prêt à commettre à tout moment des crimes de guerre et incapable d'obéir à quelque contrainte morale que ce soit. Voilà qui aura des conséquences graves pour notre avenir à long terme, notre image dans le monde, nos chances d'obtenir la paix et le calme. Cette guerre est en fin de compte aussi un crime contre les Israéliens, contre l'Etat d'Israël." Uri Avnery, publié sur le site de Gush Shalom, janvier 2009 (13 février 2009)
"Peut-être la tragédie de Gaza va-t-elle ouvrir les yeux de tout le monde sur une évidence : les peuples ne meurent pas de faim mais d'humiliation. Il faut donc arrêter l'humiliation de l'occupation : elle corrompt l'âme de l'occupant, elle aigrit le coeur du peuple occupé." Bichara Khader, Gaza : culture victimaire et culte du martyr (12 février 2009)
"Qu'est-ce que vous faites encore ici ? Que cherche un homme, de nuit, chez ceux qui le haïssent ? Pourquoi importunez-vous et faites-vous peur à mon père ? Qu'est ce que vous me voulez ? Que je montre de la pitié pour votre fils ? Pourquoi devrais-je montrer de la pitié pour un soldat qui s'introduit de force dans un endroit qui ne lui appartient pas, qui se moque de nous, de qui nous sommes et de ce que nous sommes, occupe le toit d'une famille pour tendre un piège à l'un de nous, mais pense que s'il nous fait une faveur, s'il rend le seau propre et efface les signes de sa peur, nous lui pardonnerons offense et humiliation ? Mais comment peut-on pardonner ? Croyez-vous que vous pouvez nous acheter avec un seau propre ?" Abraham B. Yehoshua, Un feu amical (11 février 2009)
"On dit souvent qu'un enfant maltraité deviendra un enfant maltraitant. En s'armant jusqu'aux dents, Israël s'apparente à un enfant chétif qui chercherait à se protéger de ses ennemis, réels ou imaginaires. (...) La Shoah fait partie de notre vie, on ne l'oubliera jamais et on ne laissera personne l'oublier. (...) Face à la Shoah, tout est insignifiant, néant, et donc permis. Barrages, encerclements, sièges, tueries : tout est possible, puisque nous avons survécu à la Shoah, et surtout qu'on ne nous fasse pas la morale !" Avraham Burg, Vaincre Hitler (10 février 2009)
"Le sionisme n'était pas aveugle quant à la présence d'Arabes en Palestine. Même les personnalités sionistes qui n'avaient jamais visité le pays savaient qu'il n'était pas inhabité. Au même moment, ni le mouvement sioniste à l'étranger ni les pionniers qui avaient commencé à fonder le pays ne parvenaient à concevoir une politique à l'égard du mouvement national palestinien. La vraie raison de cela n'était pas le manque de compréhension du problème, mais la reconnaissance des insurmontables contradictions entre les objectifs fondamentaux des deux côtés. Si les intellectuels et les dirigeants sionistes ont ignoré le dilemme arabe, c'est principalement parce qu'ils savaient qu'il n'y avait pas de solution à ce problème dans la logique sioniste." Zeev Sternhell, Les mythes fondateurs d'Israël (9 février 2009)
"Regarde où les colonies ont été disposées dans les Territoires occupés. Pense aux routes qui les relient, aux barrages, aux intersections. Beaucoup de villages sont comme des pierres mortes. La colonisation se poursuit. La partie, si on ne change pas les règles, est mal engagée. Mais contrairement au jeu de go, à la fin de la partie, et les blancs et les noirs perdent." Frédéric Laffont, Israël-Palestine, Mille et un jours, Mille et une nuits (8 février 2009)
"Mais, répétèrent les porte-parole diplomatiques et journalistiques de Tel-Aviv, c'est le Hamas qui a rompu la trêve - oubliant que 'Plomb durci', de l'aveu de M.Ehoud Barak, se préparait depuis six mois. Nul ne nie que, jusqu'à la fin octobre, les combattants islamistes aient cessé de tirer - même le ministère israélien des affaires étrangères le reconnaît sur son site. Les tirs, toutefois, reprirent en novembre. Et pour cause : détail souvent 'oublié', l'armée israélienne mena, le 4 novembre 2008, une opération qui coûta la vie à six combattants du Hamas. Lequel riposta... Autre point rarement évoqué : le cessez-le-feu devait aller de pair avec la fin du blocus de la Bande de Gaza et l'ouverture de ses frontières, ce qu'Israël n'accepta jamais. Pis : l'embargo devint quasiment total dans les derniers mois, au point qu'avant même l'offensive les quatre cinquièmes de la population dépendaient directement de l'aide alimentaire onusienne." Dominique Vidal, Plus le mensonge est gros...in Le Monde diplomatique n°659 (7 février 2009)
"Les événements sur le terrain ont condamné la solution à deux Etats depuis bien longtemps. Les faits ont démontré qu'Israël n'a et n'aura jamais la volonté de laisser naître un Etat palestinien autre qu'un pseudo Etat fait de deux bantoustans en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, sous un contrôle israélien total." Ilan Pappe, Le champ du possible (6 février 2009)
"Il n'y a aucun sens à jouer les naïfs : les colonies, dans leur écrasante majorité, ont été érigées là où elles ont été érigées dans le dessein de faire échec à tout accord de paix futur ou, au pire, pour empêcher toute continuité territoriale d'un Etat palestinien. (...) C'est pourquoi le moment est venu pour tout Israélien de s'interroger avec honnêteté : est-il prêt à se faire tuer pour le droit de quelques dizaines de milliers de colons à vivre dans des enclaves armées et isolées au sein d'une population arabe ? (...) Pendant des années, le camp de la paix a esquivé la nécessité d'évacuer les colonies. Aussi bien par répulsion à l'idée d'arracher des familles et des enfants nés là-bas, que par crainte d'un traumatisme national. Mais, désormais, il est impossible de bégayer : la logique nous intime d'évacuer de nombreuses colonies, pour lesquelles il n'est aucun moyen de défense et dont l'existence détruira toute fragile chance de paix." David Grossman, Israël doit évacuer les colonies (5 février 2009)
"En Occident, les médias parlent sans cesse de la guerre israélo-palestinienne ; mais cette fausse symétrie camoufle la disproportion des moyens, la disproportion des morts, la guerre de chars, hélicoptères, missiles contre fusils et kalachnikovs ; la fausse symétrie masque la totale inégalité dans le rapport des forces et elle masque l'évidence simple que le conflit oppose des occupants qui aggravent leur occupation et des occupés qui aggravent leur résistance. La fausse symétrie occulte l'évidence que le droit et la justice sont du côté des opprimés." Edgar Morin, La fausse symétrie (4 février 2009)
"Imaginez que les Allemands, comme ils l'ont fait en 1940, occupent aujourd'hui le nord de la France et pas le sud. Vous diriez qu'ils respectent le droit à l'autodétermination des Français ? Sharon s'est retiré unilatéralement de Gaza pour ne pas faire la paix avec Arafat, et ne pas renoncer à la Cisjordanie. Mais les Palestiniens n'ont pas demandé une réserve d'Indiens à Gaza ! Ils demandent un Etat indépendant en Cisjordanie et à Gaza." Shlomo Sand, Entretien in Télérama n°3081 (3 février 2009)
"Le plus dangereux de tous les clichés est celui disant qu'il n'existe pas d'interlocuteur à qui parler. Cela n'a jamais été vrai. Il existe même des façons de dialoguer avec le Hamas, et Israël a quelque chose à offrir à cette organisation. Mettre un terme au siège de Gaza et permettre la liberté de circulation entre Gaza et la Cisjordanie pourrait restaurer une vie normale dans la Bande de Gaza." Tom Segev, L'erreur fondamentale de vouloir donner une leçon au Hamas, in Ha'aretz, 29 décembre 2008 (2 février 2009)
"Il y a vingt ans, l'Etat hébreu avait (...) pris ses précautions en encourageant, contre l'Organisation de libération de la Palestine, la montée en puissance d'un adversaire de rêve, le Hamas, à la charte moyenâgeuse, à l'efficacité militaire incertaine, et qui ne cherche pas à 'communiquer' auprès des opinions occidentales. Or, quand on souhaite bombarder et coloniser sans entraves, rien de tel que le prétexte de n'avoir pas de 'partenaire pour la paix'." Serge Halimi, Abandon de peuple, in Le Monde diplomatique n°659, février 2009 (1er février 2009)
"Si nous nous révélons incapables de parvenir à une cohabitation et à des accords avec les Arabes, alors nous n'aurons strictement rien appris pendant nos deux mille années de souffrance et mériterons tout ce qui nous arrivera." Albert Einstein, Lettre à Weismann, 25 novembre 1929 (31 janvier 2009)
"Ce n'est pas aimer Israël que de lui 'souffleter l'imprudent patriotisme', comme disait Zola. Aimer Israël, c'est à l'instar d'Hannah Arendt hier, de Tzvetan Todorov, de Gideon Levy et de tant d'intellectuels israéliens aujourd'hui, lui 'dire la vérité, même si ça coûte. Surtout si ça coûte'. (...) Aimer cet Etat après l'innommable Holocauste, c'est le mettre en garde contre l'ivresse de la puissance et de l'impunité." Mezri Haddad, Gaza : la trahison des clercs (30 janvier 2009)
"Quand les canons se tairont finalement, le temps des questions et des enquêtes sera venu. Les nuages de fumée et de poussière se dissiperont dans le ciel noir de Gaza ; la ferveur pour soutenir la guerre et la désensibilisation des masses seront à jamais oubliées et nous pourrions peut-être avoir une image claire de la Bande de Gaza dans toute la réalité de la guerre qu'elle a subie. Ensuite, nous verrons l'étendue des tueries et des destructions, les cimetières surchargés et les hôpitaux débordés, les milliers de blessés et les handicapés physiques, les maisons détruites qui restent pour témoigner de cette guerre.(...) Si nous continuons ainsi, peut-être un jour un nouveau tribunal spécial sera créé à La Haye." Gideon Levy, Dette de sang, in Ha'aretz, 13 janvier 2009 (29 janvier 2009)
"Il existe peu d'endroits dans le monde où les gouvernements élaborent une série de lois sur les nationalités et les résidences conçues pour être utilisées par une partie de la population contre l'autre. L'Afrique du Sud de l'apartheid en fut un. Israël en est un autre." Chris McGreal, Worlds apart, in The Guardian, 6 février 2006 (28 janvier 2009)
"La liberté de critique envers Israël est très réduite parce que des faits élémentaires sont systématiquement occultés. Ceci est particulièrement vrai dans le rôle décisif que les Etats-Unis prennent en tant qu'obstacle aux options diplomatiques, qui consiste à miner la démocratie et à soutenir de manière indéfectible le programme israélien visant à saborder l'éventualité d'un possible règlement politique." Noam Chomsky, Le champ du possible (27 janvier 2009)
"C'était un temps où l'on arrachait les oliviers. Sa femme a beau dire :'Mohamed, ce ne sont que des arbres!', le paysan reste muré dans le silence, abattu comme ses oliviers. C'était un temps où l'on arrachait les oliviers. On disait sécurité : les terroristes se cachent derrière l'arbre. On disait sécurité : accroissement naturel des colonies et routes de contournement. On disait sécurité, et tout était dit. Sans leurs oliviers, des paysans ne savaient même plus où ils habitaient sur leurs propres terres." Frédéric Laffont, Israël-Palestine, Mille et un jours, Mille et une nuits (26 janvier 2009)
"L'Etat est responsable de la violence et c'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n'était qu'une forme de légitime défense." Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté (25 janvier 2009)
"Le sionisme est mort et ses agresseurs sont installés dans les fauteuils du gouvernement à Jérusalem. Ils ne ratent pas une occasion pour faire disparaître tout ce qu'il y avait de beau dans la renaissance nationale. La révolution sioniste reposait sur deux piliers : la soif de justice et une équipe dirigeante soumise à la morale civique. L'une et l'autre ont disparu. La nation israélienne n'est plus aujourd'hui qu'un amas informe de corruption, d'oppression et d'injustice. Oui, il est probable que notre génération soit la dernière du sionisme. Après, il restera ici un Etat juif méconnaissable et haïssable. La réalité, au terme de deux mille ans de combat pour la survie, est un Etat qui développe des colonies sous la houlette d'une clique corrompue, qui se moque de la morale civique et du droit. Un Etat qui gère au mépris de la justice perd la force de survivre. Demandez à vos enfants lequel d'entre eux est sûr de vivre ici dans vingt-cinq ans. Les réponses les plus clairvoyantes risquent de vous choquer, parce que le compte à rebours de la société israélienne a commencé." Avraham Burg, La révolution sioniste est morte, in Le Monde, 10 septembre 2003 (24 janvier 2009)
"Le rêve sioniste est devenu un cauchemar, en partie parce qu'il n'y a pas d'endroit plus dangereux pour les Israéliens qu'Israël et à cause du 'péché originel' d'avoir dépossédé les Palestiniens de leur terre." Jerome Slater, The need not to know, in Tikkum, janvier 2007 (23 janvier 2009)
"Il existe un sentiment généralisé dans le monde arabe et à travers l'Europe, qui n'est pourtant pas ressenti aux Etats-Unis, concernant l'absence de considération de notre gouvernement pour la souffrance palestinienne. Et il n'est pas nécessaire d'être opposé à Israël pour protéger les droits des Palestiniens à vivre dans leur propre territoire et en paix, sans être assujettis à une puissance occupante." Jimmy Carter, Entretien avec Amy Goodman in Democracy Now, 30 novembre 2006 (22 janvier 2009)
"Le choc des civilisations, ce serait : les démocraties occidentales d'un côté, l'Islam de l'autre. Deux mondes, figés dans leurs différences historiques, culturelles, religieuses, et de ce fait vouées au conflit. Face à la menace, plus de place pour le dialogue ou pour le mélange. Et pas d'autre alternative que la 'fermeté'. Voire la guerre. Par tous les moyens. Peut-on vraiment s'assurer, lorsqu'on raisonne ainsi, que la barbarie et la civilisation continueront de se trouver du côté qu'on croit ? S'il est impératif de défendre la démocratie, il est aussi crucial de ne pas se laisser dominer par la peur et entraîner dans des réactions abusives. Car l'histoire nous l'enseigne : le remède peut être pire que le mal." Tzvetan Todorov, La peur des barbares (21 janvier 2009)
"Toutes les colonies sont illégales en droit international. (...) Toutes les colonies depuis 1967 ont été construites dans le but précis de rendre impossible la création d'un Etat palestinien - et donc la paix - en mettant en lambeaux le territoire de l'Etat palestinien envisagé. Pratiquement tous nos ministères et l'armée ont ouvertement ou secrètement aidé à construire, consolider et agrandir les colonies." Uri Avnery, Mémo pour Obama, publié sur le site de Gush Shalom (20 janvier 2009)
"Aujourd'hui, alors qu'il n'y a presque aucune opposition aux atrocités du gouvernement israélien, alors que le camp de la paix s'est évaporé dans l'air raréfié, un cri doit s'élever, aussi ancien que les hommes et que les femmes, et qui dépasse les différences de races, religions ou langues, le cri de la maternité : sauvez nos enfants !" Site internet de Bat Shalom, organisation israélienne de femmes pour la paix (19 janvier 2009)
"Faites appel aux Palestiniens, Monsieur Olmert. Faites appel à la direction du Hamas. Faites appel aux modérés parmi eux, à ceux qui, comme vous et moi, s'opposent au Hamas et à son idéologie. Faites appel aux Palestiniens. Parlez à leurs blessures les plus profondes, reconnaissez leur douleur sans fin. Vous ne perdrez rien à le faire, et la position d'Israël dans toute future négociation n'en sera pas compromise pour autant. (...) Regardez-les, juste une fois, pas à travers la lunette d'un fusil ou à un barrage routier. Vous verrez un peuple non moins torturé que nous le sommes. Un peuple conquis, persécuté, désespéré. (...) Allez vers les Palestiniens, Monsieur Olmert." David Grossman, Discours prononcé à la mémoire de Yitzhak Rabin, novembre 2006 (18 janvier 2009)
"Quiconque prêche en faveur de cette guerre et croit en la justesse des massacres qu'elle inflige n'a aucun droit de parler de moralité et d'humanité. Il n'y a rien de tel que tuer et nourrir simultanément. Cette attitude est une représentation fidèle du sentiment israélien basique et dual qui nous accompagne depuis toujours : Commettre le mal, mais se sentir purs à nos propres yeux. Tuer, démolir, affamer, emprisonner et humilier - et être dans notre droit, pour ne pas dire des 'justes'. Quiconque justifie cette guerre justifie aussi tous ses crimes. Quiconque la considère comme une guerre défensive doit porter la responsabilité morale de ses conséquences.Tous ceux qui soutiennent cette guerre soutiennent aussi l'horreur." Gideon Levy, Le temps des justes (17 janvier 2009)
"Le Hamas n'a pas eu le temps de transformer Gaza en enfer. Israël et l'Egypte, avec la complicité active des Etats-Unis, ont précipité ce funeste destin. (...) Aucune chance n'a été donnée aux dirigeants du Hamas de négocier avec l''ennemi' qui les avait jadis et naguère soutenus contre le Fatah, à l'instar de l'administration américaine dans son appui à Ben Laden contre l'URSS ! A l'époque, les stratèges d'Israël et les 'terroristes' du Hamas s'entendaient si bien pour isoler Yasser Arafat, l'humilier et le dépouiller de tous les attributs du pouvoir. Les attentats-suicides du Hamas avaient payé. Israël a ainsi renforcé la légitimité martyrologique du Hamas en brisant la légitimité historique d'Arafat, double fiasco qui a conduit à l'apothéose électorale de l'organisation islamiste. Et Israël a continué avec l'héritier sans héritage qu'est devenu Mahmoud Abbas." Mezri Haddad, Gaza : la trahison des clercs, in Le Monde, 13 janvier (16 janvier 2009)
"La reconnaissance de l'autre, du non-Juif, comme victime possible est une première rupture avec le récit sioniste ; la reconnaissance qu'il peut être notre victime, en est une autre. C'est à cette condition que peuvent alors se réaliser une prise de distance par rapport à la tribu, à la collectivité nationale, et un rapprochement vers la frontière qui sépare la tribu du reste de l'humanité. Ce rapprochement prend le nom de solidarité quand on est prêt à soutenir l'autre dans son conflit avec sa propre collectivité nationale, dans un soutien moral, politique ou matériel." Michel Warschawski, Sur la frontière (15 janvier 2009)
"La thèse selon laquelle l'Holocauste ne serait qu'une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu'il prenne conscience de nos souffrances en tant qu'Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s'agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu'ils dérangent la vision simpliste d'intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l'Holocauste et Israël ? Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l'Holocauste ne signifie aucunement accepter l'idée selon laquelle l'Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l'histoire de l'Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédible pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d'établir un lien entre l'Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu'il recouvre d'hypocrisie et de déviation morale." Edward Said, Israël-Palestine, une troisième voie (14 janvier 2009)
"C'est la conscience d'avoir été la victime qui permet à Israël de devenir oppresseur du peuple palestinien. Le mot Shoah qui singularise le destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du goulag, des Tsiganes, des Noirs esclavagisés, des Indiens d'Amérique) devient la légitimation d'un colonialisme, d'un apartheid et d'une ghettoïsation pour les Palestiniens." Edgar Morin, Israël-Palestine : le cancer (13 janvier 2009)
"La destruction et la haine qu'Israël sème dans les territoires les transforment en réalité somalienne - un aimant pour les milices extrémistes à la Al-Qaïda." Akiva Eldar, in Ha'aretz (12 janvier 2009)
"Malgré leur sens si profond, si tenace et douloureux de la valeur d'une patrie, les sionistes, en bons Occidentaux certains de leur supériorité, de leur sagesse et de leur savoir sans pareils, furent d'abord (et demeurèrent) indignés par la résistance arabe, n'accordant pas à ces 'natifs' des sentiments comparables aux leurs." Viviane Forrester, Le crime occidental (11 janvier 2009)
"Le nationalisme juif ne diffère guère du nationalisme d'Europe centrale et orientale : 'volkiste', culturel et religieux, immergé dans le culte du passé héroïque. Il n'éprouve aucune difficulté à refuser à autrui les mêmes droits élémentaires qu'avec une tranquillité d'esprit absolue il exige pour lui-même. Confiant dans son bon droit à réclamer toute la terre antique de nos rois et de nos prophètes, le sionisme ne pouvait concevoir qu'une autre légitimité pût aussi exister au pays de la Bible." Zeev Sternhell, Révolution laïque pour le sionisme (10 janvier 2009)
"Au lieu d'aider le Hamas à assouplir son discours dans l'art de gouverner, on l'a ostracisé, disqualifié et finalement radicalisé. Et il a cru, dans une naïveté extrême, qui frise l'inconscience, modifier l'équation stratégique avec quelques tirs de roquettes. A l'arrogance d'Israël qui est irriguée par une longue histoire, il répond par le culte du martyr, donnant à Israël un prétexte en or pour transformer Gaza en un champ de ruines. Ainsi, la culture victimaire d'Israël rejoint le culte du 'martyr' du Hamas, dans un échange meurtrier où l'humanité de l'autre est tout bonnement ignorée." Bichara Khader, Gaza : culture victimaire et culte du martyr (9 janvier 2009)
"Certes, l'Etat a le devoir de protéger ses citoyens. Mais cette guerre insensée n'éliminera jamais le Hamas. Au contraire, elle rendra la population de Gaza davantage sensible aux extrémistes. Une fois de plus, nous faisons la seule chose que nous semblons savoir faire : un massacre de masse qui finit toujours par être perçu comme une sorte de génocide (pardonnez-moi l'expression), une opération de destruction et de dévastation qui ne nous amène jamais en retour que davantage de dévastation et de destruction." Jonathan Geffen, in Maariv (8 janvier 2009)
"Cela (l'opération militaire israélienne) aura des conséquences historiques. Toute une génération de dirigeants arabes, une génération imprégnée de l'idéologie du nationalisme arabe laïque, les successeurs de Gamal Abd-al-Nasser, Hafez al-Assad et Yasser Arafat, pourrait être balayée de la scène. Dans le monde arabe, la seule alternative viable est celle de l'idéologie fondamentaliste islamique. Cette guerre l'écrit en lettres capitales : Israël a manqué une chance historique de faire la paix avec le nationalisme arabe laïque. Demain, il pourra être confronté à un monde arabe uniformément fondamentaliste, un Hamas multiplié par mille." Uri Avnery, cité par Baudouin Loos in Le Soir, 6 janvier 2009 (7 janvier 2009)
"La haine politique, quel que soit son registre, finit toujours par dessiner un ennemi pris dans un lien de filiation, car lorsqu'elle flambe, elle vise autant la naissance de son ennemi que sa mort : que ce dernier soit né doit être effacé." Véronique Nahoum-Grappe, Du rêve de vengeance à la haine politique (6 janvier 2009)
"Chaque être humain a plusieurs identités. Je suis un être humain. Je suis égyptien lorsque les Egyptiens sont opprimés. Je suis noir lorsque les Noirs sont opprimés. Je suis juif lorsque les Juifs sont opprimés et je suis palestinien lorsque les Palestiniens sont opprimés." Chehata Haroun, Discours lu sur sa tombe à l'occasion de ses funérailles (5 janvier 2009)
"Ce n'est pas une fin, mais un commencement.(...) Le territoire n'est pas seulement important en soi (...), il représente un gain de pouvoir, qui nous permettra de mettre plus facilement la main sur la totalité de la Palestine. L'établissement d'un Etat même petit fera effet de levier et nous aidera grandement dans nos efforts historiques pour récupérer la totalité du pays." David Ben Gourion, Lettre à son fils Amos, 1937 (4 janvier 2009)
"Je dois concéder avec tristesse que le fanatisme irréaliste de notre peuple est en partie à blâmer quant à l'éveil de la méfiance arabe. Je n'ai aucune sympathie pour la piété fourvoyée, qui transforme un morceau de mur d'Hérode en relique nationale, narguant ainsi les sentiments des indigènes." Sigmund Freud, Lettres,1930 (3 janvier 2009)
"Or les lois se maintiennent en crédit, non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois. C'est le fondement mystique de leur autorité ; elles n'en ont point d'autre." Michel de Montaigne, Essais (2 janvier 2009)
"Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que les choses sont difficiles." Sénèque, Lettre à Lucilius (1er Janvier 2009)
Extrait de Cabot-Caboche (22 mai 2009)
Antoine de SAINT-EXUPÉRY, Le Petit Prince (28 mai 2009)
Anne Marquier (26 mai 2009)
"Penser et résister : deux verbes que je trouve souvent l'un près de l'autre. Penser, ce serait résister (à la bêtise, aux nouveautés tapageuses, à l'oubli, à l'urgence, à l'immédiateté, etc.). Voilà du moins ce que je pense avec entêtement, que dis-je, avec résistance." Hélène Van Camp, Soit dit en passant (19 mai 2009)
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L'architecture de la disparition
ANDRÉ LEFÈVRE ET JEAN AUBERT
Architecture de la disparition
Le Gaou Bénat, au Lavandou (Var), est une jolie pinède qui domine la mer. Ici, le regard se repose du mitage infernal qui, de Toulon à Menton, gangrène les collines d’un des plus beaux paysages du monde avec ses multitudes de constructions hétéroclites. Pourtant, le Gaou Bénat est loti aussi. Avec la même densité, mais tant de discrétion ! A la fin des années 50, les architectes André Lefèvre (né en 1921) et Jean Aubert (1924-2004) venaient ici faire du camping quand un promoteur leur proposa d’urbaniser ce site enchanteur. « Il fallait à tout prix s’effacer devant la beauté », explique André Lefèvre, qui, avec son associé, dessina alors, sur les 135 hectares du domaine, des routes, un village, six hameaux et sept cents maisons…quasiment invisibles. Des maisons de vacances toutes simples (depuis, les prix ont monté), de plain-pied, avec de gros murs de schiste rouge cernés d’un linteau de béton, d’immenses baies, des patios abrités, un toit-terrasse où poussent les agaves, et un réseau de sentes qui descendent vers la mer. Ici, les voitures, reléguées à l’arrière, se font aussi discrètes. C’est cette démarche très « développement durable » avant l’heure que salue avec bonheur l’exposition de la Villa Noailles, à Hyères. Vénérés au Japon, méconnus chez nous, André Lefèvre et Jean Aubert nous donnent une jolie leçon d’architecture et d’humilité, avec les photos in situ d’Olivier Amsallem et l’hommage admiratif de deux confrères loquaces, Rudy Ricciotti et Patrick Bouchain.
Luc Le Chatelier
Article paru dans Télérama n°3086, 4 mars 2009.
Exposition ouverte jusqu’au 5 avril à la Villa Noailles à Hyères (Var).
Tél. : 00 32 498 080 198
Site Internet : www.villanoailles-hyeres.com
QUAND L’URBANISME SE METTAIT AU VERT
Exposition. Hyères rend hommage à André Lefèvre et Jean Aubert, deux précurseurs d’une architecture paysage.
Pour ceux qui imaginent que le littoral varois est entièrement saccagé par une urbanisation désastreuse, il faut absolument passer au domaine du cap du Gaou-Bénat, à Bormes-les-Mimosas. Sur 162 hectares, les architectes Lefèvre et Aubert ont construit, à partir de 1958, un ensemble de 600 maisons, individuelles ou réunies en villages, qui s’accrochent à la pente de la colline sans la détruire et qui se fondent dans la végétation méditerranéenne en l’intégrant presque dans leurs murs.
Cette démarche hédoniste et volontariste pour inventer « une manière de vivre ensemble dans un paysage naturel », où les habitations ne se gênent pas et ont souvent l’avantage d’être de petites restanques est régie par des règles constructives et un collège d’architectes qui existent toujours.
Miracle. Pierres blondes de Bormes, toits-terrasses plantés et baies vitrées, ces bâtisses relèvent d’un habitat rural universel aux murs très épais, mais intègre la fonctionnalité et les ouvertures modernes. Du village des Fourches à une villa plus modeste, on se retrouve dans la forêt, au milieu des cactus, des mimosas en février, dans un lien permanent avec la mer. Ce petit miracle a subi depuis cinquante ans quelques affronts et dérèglements, comme parfois le désastreux crépi rose local, mais l’essence amoureuse des bâtisseurs subsiste.
C’est cette œuvre exceptionnelle et préservée que la Villa Noailles de Hyères exhume dans une exposition réjouissante fort pédagogique ; tout ce travail enfoui des architectes André Lefèvre (né en 1921) et Jean Aubert (1924-2004). La commissaire, l’architecte Florence Sarano, fait revivre l’agence de ces deux amis défricheurs. Les photographies du Marseillais Olivier Amsellem, épris aussi de ce promontoire de verdure, offrent des vues du cap et s’approchent avec sérénité de ces maisons entrelacées aux arbres.
Cascade. Un film projeté Villa Noailles raconte et analyse cette épopée à travers les mots d’André Lefèvre. Doux octogénaire, l’architecte défend son cap, explique comment il a découvert cette région quand il venait y camper dans sa jeunesse. Il fait visiter sa maison (le Pin Blanc) près du Lavandou. Une architecture elle aussi cachée, mais, pourtant solide, verticale, où tous les niveaux forment une cascade de pierres dorées ou de terrasses dans la végétation, avec les mêmes matériaux dedans et dehors ; et partout, des éclats de mer. Cuisine-dortoir très astucieuse, patio abrité qui protège des trois vents et mur adossé à la montagne qui « a 1000 kilomètres d’épaisseur. »
Publié dans les revues d’architecture de l’époque, ce travail exemplaire, tellement en écho avec les préoccupations d’aujourd’hui, a pourtant été gommé, n’a pas fait école. Cette manière de bâtir, « qui ne blessait pas la nature » n’a pas résisté au néorégionalisme , ni au postmodernisme.
« Insurgés ». Pas étonnant qu’aujourd’hui l’architecte de Bandol Rudy Ricciotti, pourfendeur du néoprovençal global, s’enflamme, dans le film, pour ces deux « insurgés ». « Lefèvre et Aubert ont compris, dans ce pays de colonisés autistes, que la Méditerranée les regardait depuis son horizon métaphysique. Ils protègent le rêve et nous empêchent de désespérer. »
Autre bâtisseur à leur rendre hommage, l’architecte Patrick Bouchain, qui se promène sur le chemin piétonnier, ou « gaou », du cap et fait le guide avec gourmandise. « Ce qui est exceptionnel dans ce site, c’est cette densité architecturale qui s’apparente à la densité végétale. C’est une zone de protection de la nature, pas une zone de protection de ses biens. C’est le b.a.-ba du respect collectif. Cette architecture collective n’est pas nostalgique, ni passéiste, elle est contemporaine. »
Anne-Marie Fèvre
Article paru dans Libération, 4 mars 2009.
INTRODUCTION À L’EXPOSITION
Nos paysages varois souffrent d’une forme d’urbanisation colonisante, où la question architecturale se résume trop souvent à un choix de coloris d’enduits sur « des modèles néo-provençaux ». Ils n’apportent aucune réflexion sur nos modes de vie contemporains dans le sud et méprisent nos espaces naturels. Pourtant, dès les années 50, deux architectes varois, André Lefèvre-Devaux et Jean Aubert ont réalisé de nombreuses habitations qui étaient – et demeurent – de véritables architectures à l’échelle du paysage. Souhaitant témoigner de cette histoire, et de la vie qui continue à habiter ces lieux, la villa Noailles présente du 22 février au 5 avril 2009, une exposition consacrée au travail de ces deux architectes à travers la sélection de projets remarquables. Elles entend ainsi offrir matière à débattre, mais aussi, et surtout, à considérer d’autres réels, comme chaque exposition d’architecture présentée à la villa.
Florence Sarano, architecte.
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28.09.2008
La citation du jour, année 2008
"J'aimerais terminer l'année sur un message d'espoir. Je n'en ai malheureusement pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ?" Woody Allen, Zap (31 décembre 2008)
"Au fil des années, on a fini par admettre comme une évidence l'idée selon laquelle on ne peut pas faire confiance aux pauvres en matière d'argent. Mais s'est-on jamais posé la question opposée, et bien plus fondamentale : les banques, elles, sont-elles dignes de confiance à l'échelle humaine ?" Muhammad Yunus, in Le Monde Diplomatique, décembre 1997 (30 décembre 2008)
"Ce qui se paie n'a guère de valeur ; voilà la croyance que je cracherai au visage des esprits mercantiles." Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance (29 décembre 2008)
"Que les grands respectent les rites, et le peuple restera simple dans ses moeurs ; qu'ils recherchent le profit, et le vulgaire se fera tuer pour quelques sous." Yantie Lun, Dispute sur le Sel et le Fer (28 décembre 2008)
"L'écocomie n'a pas triomphé du politique. C'est le contraire qui est vrai. Si la globalisation semble être si généralement, si spontanément associée à l'économie et non au politique, ce n'est pas d'économie qu'il est alors question, mais du monde des affaires, celui du business, lui-même passé à la spéculation. Et c'est bien, en revanche, une certaine politique, l'ultralibéralisme, qui tente ainsi (...) de s'affranchir de toute préoccupation économique véritable, de dévoyer le sens même du terme 'économie', jusqu'ici lié à la vie des populations, à présent réduit à ne plus définir qu'une course au profit." Viviane Forrester, Une étrange dictature (27 décembre 2008)
"La société ne songe nullement à éclairer et, dans toute forme d'Etat, les gouvernements sont intéressés à faire en sorte que la société qu'ils gouvernent ne soit pas éclairée car s'ils éclairaient la société qu'ils gouvernent, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant qu'ils soient anéantis par cette société qu'ils auraient éclairée." Thomas Bernhard, L'Origine (26 décembre 2008)
"Tous les rôles, tous les labeurs, tous les esclavages, tous les repas de famille, tous les honneurs ne sont que des rites funéraires." Pascal Quignard, Vie secrète (25 décembre 2008)
"Toute une vie de vols effroyables, non plus à main armée, comme les nobles aventuriers de jadis, mais en correct bandit moderne, au clair soleil de la Bourse, dans la poche du pauvre monde crédule, parmi les effondrements et la mort." Emile Zola, L'Argent (24 décembre 2008)
"Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en Bourse. Mais il y en a d'autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février." Mark Twain, Aphorismes (23 décembre 2008)
"On compare souvent les hommes politiques à des acteurs. C'est très injuste pour les acteurs." Guy Bedos, Sketche (22 décembre 2008)
"Quelle triste chose que sur toute la terre les gouvernements soient toujours précisément aussi coquins que les moeurs de leurs sujets peuvent leur permettre de l'être." Alexis de Toqueville, Correspondance (21 décembre 2008)
"La Bourse est une institution, comme l'Eglise, comme la Caserne. Les charlatans qui y règnent sont d'abominables gredins, mais il est impossible d'en dire du mal tellement leurs dupes les dépassent en infâmie." Georges Darien, Le voleur (20 décembre 2008)
"L'histoire est le récit, presque toujours faux, d'événements presque toujours sans importance, occasionnés par des chefs d'Etats qui sont presque tous des coquins et des soldats qui sont presque tous des imbéciles." Ambrose Bierce, Le dictionnaire du diable (19 décembre 2008)
"Pauvre parmi les pauvres, je m'attache, / comme eux, à d'humiliantes espérances, / et, comme eux, je lutte pour vivre / jour après jour." Pier Paolo Pasolini, Les cendres de Gramsci (18 décembre 2008)
"Bien sûr, ce n'est pas tout à fait la même chose si nous nous massacrons les uns les autres, ou si nous nous faisons massacrer par des étrangers. Ainsi, par exemple, si un homme s'administre des gifles à lui-même, il ne se sentira nullement outragé, tandis que si quelqu'un d'autre le gifle, il en éprouvera de la colère. Toutefois, quand un homme est devenu crétin au point de pouvoir se gifler lui-même, il est mûr pour se faire gifler par le premier venu." Lu Xun, cité par Pierre Rijkmans, La forêt en feu (17 décembre 2008)
"Tout intégrisme hait le mouvement, l'ombre, l'errance et le silence, le fanatisme exècre l'étonnement et l'inquiétude de la pensée, le mystère et l'inachevé. Il leur faut du robuste, du tranché net et de l'immuable, ils ont besoin, par indigence d'âme et d'esprit, d'un prêt-à-croire bien ourlé et boutonné, garanti pure vérité, doublé haine et le tout amidonné de bonne conscience." Sylvie Germain, Les échos du silence (16 décembre 2008)
"Plus jamais je ne pourrai regarder en face / ceux qui vont les yeux bandés / à travers l'époque cruelle / rachetée par le sang de ceux qui luttent / et parfois loin de tous et de tout calmement meurent." André Laude, Vers le matin des cerises (15 décembre 2008)
"Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux." Marcel Proust, A la recherche du temps perdu (14 décembre 2008)
"Bizarre, ce souci de l'actualité à une époque où elle se fane en l'espace d'un matin. Nous devrions avoir, maintenant plus que jamais, le goût de l'inactuel." Jacques de Bourbon Busset, L'amour durable (13 décembre 2008)
"La voilà bien, l'admirable sottise du monde! Quand nos affaires tournent mal, et souvent par suite de nos propres excès, nous accusons de nos désastres le soleil, la lune et les étoiles. Comme si nous étions scélérats par nécessité, imbéciles par compulsion céleste, fourbes, voleurs et traîtres par la prédominance des astres, ivrognes, menteurs et adultères par obéissance forcée à l'influence planétaire, attribuant tous nos péchés à une incitation divine ! Splendide subterfuge de ce putassier d'homme que d'inscrire ses instincts de bouc au compte des étoiles ! Mon père s'est conjoint avec ma mère sous la queue du Dragon, et la Grande Ourse a présidé à ma nativité : d'où il s'ensuit que je suis brutal et paillard. Allons donc ! j'aurais été ce que je suis même si la plus virginale des étoiles avait scintillé sur ma procréation de bâtard." William Shakespeare, Le roi Lear (12 décembre 2008)
"Il ne s'agit pas de souhaiter la constitution d'une Europe qui serait une autre superpuissance militaire, protégeant son marché et faisant contrepoids aux autres blocs, mais d'une Europe qui viendrait semer la graine d'une nouvelle politique altermondialiste. Laquelle est pour moi la seule issue possible." Jacques Derrida, Apprendre à vivre enfin (11 décembre 2008)
"L'un des traits les plus surprenants de l'âme humaine, à côté de tant d'égoïsme dans le détail, est que le présent, en général, soit sans envie quant à son avenir." Rudolf Hermann Lotze, cité par Walter Benjamin, L'homme, le langage et la culture (10 décembre 2008)
"En disant à la fois : 'Enrichissez-vous !' et 'Amusez-vous!', en rentabilisant le temps libre au lieu de le réprimer, l'hédonisme contemporain retourne la raison bourgeoise contre le bourgeois : la pensée calculante surmonte ses anciennes exclusives, découvre l'utilité de l'inutile, investit méthodiquement le monde des appétits et des plaisirs, et, après avoir ravalé la culture au rang des dépenses improductives, élève maintenant toute distraction à la dignité culturelle : nulle valeur transcendante ne doit pouvoir freiner ou même conditionner l'exploitation des loisirs et le développement de la consommation." Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée (9 décembre 2008)
"C'est vrai qu'eux sont comme ça, ils savent tout d'avance. Le déroulement des choses à venir leur est déjà connu. Belle lurette qu'il a eu lieu, l'avenir : pour eux ce ne sera plus qu'un recommencement." Milan Kundera, La plaisanterie (8 décembre 2008)
"Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent la monnaie, les banques, et toutes les institutions qui fleuriront autour, elles priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite la récession, jusqu'au jour où les enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise." Thomas Jefferson, cité par François Martou, in Le Soir des 6 et 7 décembre (7 décembre 2008)
"Vous tous qui vous en sentez la force, déclarez la guerre la plus implacable à ce premier préjugé d'où dérivent tous nos maux, à ce fléau qui cause toute notre misère, à cette maxime enfin que la destination du prince est de veiller à notre bonheur." Johann Gottlieb Fichte, De la revendication de la liberté de penser (6 décembre 2008)
"Rien n'est plus contraire que la majorité : car elle se compose d'un petit nombre de meneurs énergiques, de coquins qui s'accommodent, de faibles qui s'assimilent et de la masse qui suit cahin-caha, sans savoir le moins du monde ce qu'elle veut." Johann Wolfgang von Goethe, Sentences en prose (5 décembre 2008)
"Il faut suivre la foule pour la diriger. Lui tout céder pour lui tout reprendre." Antonin Artaud, Discours et entretiens (4 décembre 2008)
"La maturité des masses consiste en leur capacité de reconnaître leurs propres intérêts. Mais cela présuppose une certaine compréhension du processus de production et de distribution des biens. La capacité d'un peuple de se gouverner démocratiquement est donc proportionnelle à son degré de compréhension de la structure et du fonctionnement de l'ensemble du corps social." Arthur Koestler, Le Zéro et l'Infini (3 décembre 2008)
"Ce que les immigrés bâtissent, c'est leurs propres logements, leur propre parcage concentrationnaire. Avant, les bagnards creusaient leurs tombes de la même façon. Pas un café, pas un cinéma. L'entassement du fric pour repartir, c'est leur seule raison d'être. C'est ça, leur vie. Les émigrés sont en train de crever de l'illusion du fric à l'instar des riches. C'est la terreur. De perdre, eux aussi, tout esprit de refus, de révolte, disons les mots : tout esprit révolutionnaire." Marguerite Duras, Le camion (2 décembre 2008)
"Dans la société de l'économie surdéveloppée, tout est entré dans la sphère des biens économiques, même l'eau des sources et l'air des villes, c'est-à-dire que tout est devenu le mal économique, reniement achevé de l'homme qui atteint maintenant sa parfaite conclusion matérielle." Guy Debord, La planète malade (1er décembre 2008)
"Les riches m'apprennent la pauvreté." Emily Dickinson, Lettre à sa soeur Susan (30 novembre 2008)
"Nous assistons à l'effondrement du vieux monde qui croule par pans entiers, jour après jour. Ce qui est le plus surprenant, c'est que la plupart des gens ne s'en aperçoivent pas et croient marcher encore sur un sol ferme." Rosa Luxembourg, Lettres de prison, 1916-1918 (29 novembre 2008)
"Je ne crois pas à la valeur des existences séparées. Aucun de nous n'est complet en lui seul. (...) Tous seuls, nous sommes incomplets : nous sommes faits pour être unis." Virginia Woolf, Les Vagues (28 novembre 2008)
"Après le mythe de l'autorégulation, une nouvelle grande illusion prospère : un Etat développé ou une banque centrale ne peuvent faire faillite. (...) A la croyance erronée que la croissance de l'endettement des ménages n'avait pas de limite succède la croyance tout aussi erronée qu'il n'est pas de limite à la dette publique." Nicolas Baverez, Le Monde, 5 novembre 2008 (27 novembre 2008)
"When the government fears the people, there is liberty. When the people fear the government, there is tyranny." ("Là où le gouvernement craint le peuple, règne la démocratie. Là où le peuple craint le gouvernement, règne la tyrannie.") Thomas Jefferson, Discours (26 novembre 2008)
"Quand on dit vrai, on est la majorité même si on est seul." Chmouël Yossef Agnon, cité par Victor Malka, Mots d'esprits de l'humour juif (25 novembre 2008)
"La grande masse du peuple, intellectuellement incapable de comprendre les formidables avantages que tire le capital du système, portera son fardeau sans plainte et peut-être sans s'imaginer que le système est contraire à ses intérêts." Edouard & Edmond de Rothschild, Lettre à Mrs Ikelheimer, 25 juin 1863, Wall Street (24 novembre 2008)
"La rapacité est mille fois plus meurtrière que le fanatisme." Michel Tournier, Gilles et Jeanne (23 novembre 2008)
"L'extension de la spéculation aboutit à rendre la prospérité des entreprises indépendante, dans une large mesure, de leur bon fonctionnement ; du fait que les ressources apportées par la production même de chacune d'elles comptent de moins en moins à côté de l'apport perpétuel de capital nouveau." Simone Weil, Oppression et liberté (22 novembre 2008)
"Mais l'argent, bien entendu, n'est jamais seulement l'argent. C'est toujours autre chose, et c'est toujours quelque chose en plus, et ça a toujours le dernier mot." Paul Auster, Le diable par la queue (21 novembre 2008)
"Crise écologique, crise financière, accroissement des inégalités : au croisement de toutes ces crises on retrouve les fameux paradis fiscaux, trous noirs de la finance mondialisée qui accentuent les différences entre riches et pauvres et permettent à un millième de la population mondiale d'y cacher 40 000 milliards de dollars ! Lors de mes voyages en Afrique ou en Amérique latine, j'ai vu concrètement les dégâts environnementaux et sociaux provoqués par les multinationales. L'exploitation des mines de cuivre, par exemple, ne laisse rien à la Zambie, mais procure des dividendes exorbitants aux multinationales qui y opèrent et se servent des paradis fiscaux pour les faire fructifier. J'ai compris que la lutte pour plus de justice entre les populations et la préservation des forêts brésiliennes était fondamentalement le même combat." Eva Joly, Entretien à Télérama n°3069 (20 novembre 2008)
"(...) Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : / Ils sont dans l'Ombre qui s'éclaire / Et dans l'ombre qui s'épaissit. / Les Morts ne sont pas sous la Terre : / Ils sont dans l'Arbre qui frémit, / Ils sont dans le bois qui gémit, / Ils sont dans l'Eau qui coule, / Ils sont dans l'Eau qui dort, / (...) Les Morts ne sont pas morts." Birago Diop, Souffles (19 novembre 2008)
"Pareils au loup se parant de la peau d'une brebis, les spéculateurs, représentés par les banques d'investissement de Wall Street, envahirent les marchés à terme de matières premières, permettant au prix des céréales et du pétrole d'atteindre des sommets vertigineux. Apparut ainsi une nouvelle catégorie d'intervenants, purement spéculateurs, n'ayant aucune intention ni de livrer ni de prendre livraison de la marchandise, et dont le seul but est de parier sur la variation des prix..." Paul Jorion, La Crise, Des subprimes au séisme financier planétaire (18 novembre 2008)
"Aujourd'hui, on commence à s'apercevoir que le système financier est incontrôlable. Mais s'il apparaît un jour, d'ici vingt-cinq à trente ans, qu'il en est de même pour le dérèglement du climat, là, ce n'est pas le sort du secteur de la finance, c'est celui de l'humanité entière qui sera en jeu." Jacques Attali, Entretien à Jeune Afrique n°2493-2494 (17 novembre 2008)
"On ne se bat bien que pour les causes qu'on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s'indentifiant." René Char, Fureur et mystère (16 novembre 2008)
"(...) Les hiérarchies sont une distraction de l'infini / ou peut-être un accident. / Les hauteurs se supplantent comme tours qui dansent / mais tout tombe de la même hauteur." Roberto Juarroz, Poésie verticale (15 novembre 2008)
"Le fait même que l'on n'aime plus celui qui commande - le fait que l'image du puissant ne soit plus associée ni confondue avec celle du père, du bienfaiteur ou du grand frère - est sans aucun doute une des conquêtes les plus positives, un des signes les plus encourageants de notre époque." Xavier Rubert de Ventos, La politique comme volonté et comme représentation (14 novembre 2008)
"La faiblesse fondamentale de l'actuelle configuration planétaire tient à l'absence, à l'échelle mondiale, de modes réfléchis de direction des affaires mondiales, socialement responsables et inspirées par des principes démocratiques." Riccardo Petrella, Limites à la compétitivité (13 novembre 2008)
"Quelque chose devient autre. Venu d'en bas un choc se propage. La classe moyenne voit au moins maintenant qu'elle est pauvre. Certes elle voit cela de manière erronée ; car ce n'est pas la même chose que de n'avoir jamais eu d'argent et que d'avoir perdu son argent. Pourtant surgit parfois aussi cette situation unique, que des petits-bourgeois veulent changer la vie. Ici l'air n'est peut-être plus aussi épais qu'avant. Mais il ne souffle pas encore, il ne fait que soulever de la poussière." Ernst Bloch, Héritage de ce temps (12 novembre 2008)
"Autant que je puisse me souvenir ou bien on menait une guerre, ou bien on en raisonnait. Maintenant on en discute, un peu après on la fait et quand elle est finie, on en discute à nouveau, aussi n'a-t-on jamais le temps de penser à autre chose." Machiavel, Lettre à Francesco Guicciardini (11 novembre 2008)
"Dans les choses profondes, c'est toujours le petit nombre qui est le plus perspicace ; la majorité, elle, ne s'entend qu'aux évidences." Giacomo Leopardi, Pensées (10 novembre 2008)
"Le monde conserve encore assez de beauté pour en garder l'espérance." André Langevin, L'élan d'Amérique (9 novembre 2008)
"Une unique main terrible s'était mise à étrangler le monde.(...) Elle rançonnait la terre. Elle n'avait d'autre fin que sa prise, d'autre moyen que la pression qu'elle exerçait. Cette main avait imposé sa concorde : 'C'est une indulgence despotique qui a le son d'un dollar qui craque'. Des marchands déguisés en militaires s'adressaient pour la première fois à la terre entière. C'était l'ultime invasion." Pascal Quignard, L'occupation américaine (8 novembre 2008)
"Les frontières que ne peuvent franchir les marchandises seront franchies par les tanks - lesquels sont aussi des marchandises -, de même que la main d'oeuvre qui les sert." Bertolt Brecht, Journal de travail,1938-1955 (7 novembre 2008)
"L'échec désastreux de la politique américaine d'intervention armée ne résulte pas en fait d'un enlisement (...), mais bien du refus délibéré et obstiné, depuis plus de vingt-cinq ans, de toutes les réalités, historiques, politiques et géographiques." Hannah Arendt, Du mensonge à la violence (6 novembre 2008)
"J'ai fait le rêve qu'un jour cette nation se relèvera et vivra dans la signification véritable de son premier principe : 'Nous tenons cette vérité pour évidente que tous les hommes naissent égaux'." Martin Luther King Jr, I have a dream, Discours de Washington, 28 août 1963 (5 novembre 2008)
"La justice, ce n'est pas appliquer une loi, exécuter une sentence comme l'acte automatique d'une machine, mais la mettre au niveau de l'homme, de son cas particulier. La justice, c'est évaluer la personne humaine, comprendre quand vient le temps de la correction et quand vient celui de la miséricorde." Erri De Luca, Noyau d'olive (4 novembre 2008)
"Il ne faut pas que le peuple sente la vérité de l'usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement si on ne veut pas qu'elle prenne bientôt fin." Blaise Pascal, Pensées (3 novembre 2008)
"Croire au progrès ne veut pas dire qu'un progrès s'est déjà produit. Cela ne serait pas une croyance." Franz Kafka, Méditation sur le péché, la souffrance, l'espoir et le vrai chemin (2 novembre 2008)
"C'est une oeuvre de longue haleine que d'enseigner l'indépendance, de la soutenir par une affection dispensée sans réserve, d'ôter la peur de soi et de promouvoir en chacun cette créativité qui est la vraie richesse humaine. La mutation de civilisation à laquelle nous assistons, a plongé dans le désarroi une multitude de gens si accoutumés d'être assistés, guidés, gouvernés, qu'ils ne conçoivent d'autre changement d'existence que le choix d'autres jougs." Raoul Vaneigem, Rien n'est sacré, tout peut se dire (1er novembre 2008)
"Dans l'économie du profit, les dispositions pratiques de l'existence qui prétendent être à l'avantage des hommes, font dépérir l'humain ; et plus elles prennent d'extension, plus elles éliminent toute forme de délicatesse et de sensibilité. Car la délicatesse entre les êtres n'est rien d'autre que la conscience que sont possibles des relations affranchies de finalités utilitaires." Theodor Adorno, Minima moralia (31 octobre 2008)
"La libéralisation des échanges commerciaux a entraîné (...) une montée des inégalités à l'échelle mondiale. Elle tend à introduire dans chaque pays les écarts de revenus qui caractérisent la planète dans son ensemble. Partout, la concurrence internationale a favorisé une stagnation de la masse salariale et une montée, mieux une explosion, des profits. La compression des revenus du travail induite par le libre-échange réactive le dilemme traditionnel du capitalisme dont nous observons aujourd'hui une résurgence planétaire : des salaires écrasés ne permettent pas l'absorption d'une production qui s'accroît." Emmanuel Todd, Après l'empire (30 octobre 2008)
"Tandis que l'aristocratie financière dictait les lois, commandait la gestion de l'Etat, disposait de tous les pouvoirs publics organisés, dominait l'opinion publique par la force des faits établis et par la presse, on vit se reproduire dans toutes les sphères, depuis la cour jusqu'au café borgne, la même corruption, la même fraude éhontée, la même soif de s'enrichir non point en produisant, mais en escamotant la richesse d'autrui déjà existante. C'est surtout au sommet de la société bourgeoise que se déchaînait l'assouvissement effréné des appétits les plus déréglés et les plus pervers, qui entrait à chaque instant en conflit avec les lois bourgeoises elles-mêmes, car c'est là où la jouissance devient crapuleuse, là où l'or, la boue et le sang s'entremêlent, que tout naturellement la richesse gagnée au jeu cherche sa satisfaction." Karl Marx, Les luttes de classes en France (29 octobre 2008)
"L'histoire économique, qui s'est tout entière développée autour de l'opposition ville-campagne, est parvenue à un stade de succès qui annule à la fois les deux termes. La paralysie actuelle du développement historique total, au profit de la seule poursuite du mouvement indépendant de l'économie, fait du moment où commencent à disparaître la ville et la campagne, non le dépassement de leur scission, mais leur effondrement simultané." Guy Debord, La Société du Spectacle (28 octobre 2008)
"J'ai vécu là-bas plusieurs années, m'y suis défendu du mieux que j'ai pu. Je n'ai nullement manqué d'inspiration, d'encouragements, etc. Certes, j'y ai parfois durement souffert et âprement lutté, mais je suis toujours resté d'avis qu'il est beau de se battre. Je n'aurais jamais rien voulu d'autre. (...) Je n'ai jamais aspiré, dans la vie, à amonceler d'étonnantes quantités de bonheur. Je n'ai jamais souhaité vivre mieux que bien d'autres. A aucun moment, je ne me suis dissimulé que les soucis ont un effet édifiant et que la consternation, parce qu'elle est contraignante et désagréable, nous fortifie le caractère." Robert Walser, Retour dans la neige (27 octobre 2008)
"Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle." Paul Verlaine, La bonne chanson (26 octobre 2008)
"La lâcheté n'est pas ce qu'il y a de pire. Ce qu'il y a de pire, de plus abject, ce sont ces brutes qui rendraient volontiers fragiles les âmes nobles, rien que pour se donner l'illusion de régner, mon Dieu, de régner sur quoi ? de régner sur le monde... Et, de fait, ils règnent, ces imbéciles." Pierre Mertens, Lettres clandestines (25 octobre 2008)
"Sombres crétins qui ne savez conjuguer que deux verbes - acheter et vendre - il me faut faire un effort pour ne pas vous haïr. Vous qui décidez du sort du monde, vous par qui les pauvres sont jetés à la rue comme de l'eau sale, vous me faites horreur. Il me faut vous voir pour ce que vous êtes - des assassins - pour avoir enfin pitié de vous." Christian Bobin, Tout le monde est occupé (24 octobre 2008)
"Our lives begin to end the day we become silent about things that matter." ("Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent.") Martin Luther King Jr, Ecrits et discours (23 octobre 2008)
"Rien n'est plus mobilisateur que la pensée. Loin de figurer une morne démission, elle est l'acte en sa quintessence même. Il n'est d'activité plus subversive qu'elle. Plus redoutée. Plus diffamée aussi, et ce n'est pas un hasard, ce n'est pas anodin : la pensée est politique. Et pas seulement la pensée politique. Le seul fait de penser est politique. D'où la lutte insidieuse, d'autant plus efficace, menée de nos jours, comme jamais, contre la pensée. Contre la capacité de penser." Viviane Forrester, L'horreur économique (22 octobre 2008)
"La prophétie de malheur est faite pour éviter qu'elle se réalise ; et se gausser ultérieurement d'éventuels sonneurs d'alarme, en leur rappelant que le pire ne s'est pas réalisé, serait le comble de l'injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite." Hans Jonas, Le Principe responsabilité (21 octobre 2008)
"On s'accorde en effet à reconnaître qu'un pays est d'autant plus évolué que les lois qui empêchent le misérable d'être trop misérable et le puissant trop puissant y sont plus sages et plus efficaces." Primo Levi, Si c'est un homme (20 octobre 2008)
"Mais l'homme ne doit jamais s'avouer vaincu, dit-il. Un homme ça peut être détruit, mais pas vaincu." Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer (19 octobre 2008)
"La démocratie néo-libérale, fondée sur l'idée de marché über alles, produit non pas des citoyens, mais des consommateurs, non pas des communautés, mais des centres commerciaux ; ce qui débouche sur une société atomisée, peuplée d'individus désengagés, à la fois démoralisés et socialement impuissants. En bref, le néo-libéralisme est, et restera, le principal ennemi d'une authentique démocratie participative." Noam Chomsky, Le profit avant l'homme (18 octobre 2008)
"Les majuscules dont se dépouille la puissance publique, l'ex-citoyen, l'abstentionniste dégoûté, les retrouvera bientôt du côté des Clergés, des Ethnies et des Entreprises, et il n'est pas sûr qu'il y gagne. Quand les fonctionnaires s'en vont, arrivent les cabinets d'affaires. Quand les lois reculent, les tabous remontent (les mafias aussi)." Régis Debray, Ce que nous voile le voile (17 octobre 2008)
"Car il y a dans les villes deux fonctions, l'une primaire, d'habitation, l'autre secondaire, de circulation. Or on voit aujourd'hui l'habitation partout méprisée et sacrifiée à la circulation, de telle sorte que nos villes, privées d'arbres, de fontaines, de marchés, de berges, pour être de plus en plus 'circulables', deviennent de moins en moins habitables." Michel Tournier, Le miroir des idées (16 octobre 2008)
"L'univers crie. Le béton marque la violence avec lequel il a été frappé comme mur. Le béton crie. L'herbe gémit sous les dents de l'animal. Et l'homme ? Que dirons-nous de l'homme ?" Michel Houellebecq, Rester vivant (15 octobre 2008)
"Quand le gouvernement viole les droits des peuples, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs." Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen (14 octobre 2008)
"Nous n'attendons pas de liberté de ceux dont l'esclavage est le principal négoce." Spinoza, cité par Pascal Quignard, Les ombres errantes (13 octobre 2008)
"Combien de jeunes velléités qui se croyaient pleines de vaillance et qu'a dégonflées tout à coup ce seul mot d'utopie, et la crainte de passer pour chimériques aux yeux des gens sensés. Comme si tout grand progrès de l'humanité n'était pas dû à de l'utopie réalisée." André Gide, cité par Jacques Attali, Fraternités (12 octobre 2008)
"Vous, bien sûr, ça ne vous dérange pas. Vous restez assis là sans rien faire, comme tout le monde dans ce pays. Vous supportez toutes les escroqueries, tous les mensonges, toutes les exécutions. Vous vous résignez déjà aux exécutions qui auront lieu après votre exécution à vous." Imre Kertész, Liquidations (11 octobre 2008)
"La ligne droite n'a jamais été le chemin le plus court. Tout commence avec le détour." Michel Gheude, Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut l'an 01 (10 octobre 2008)
"Ils appellent constitution de l'Etat ce qui n'est au fond que leur constitution. Pour justifier ces formes et ces lois, on s'appuie sur leur ancienneté, mais l'ancienneté d'une loi ne prouve autre chose sinon qu'elle est ancienne." Rabaut de Saint-Etienne, cité par Alain Finkielkraut, L'ingratitude (9 octobre 2008)
"La grandeur réelle de l'Europe consiste à ne pas se fermer sur sa propre identité et à s'avancer exemplairement vers ce qui n'est pas elle, vers l'autre cap ou le cap de l'autre." Jacques Derrida, De quoi demain... (8 octobre)
"Le pire des cauchemars, c'est quand le cauchemar n'est pas un cauchemar. Quand il est réel. Quand on ne peut pas s'en réveiller. Un cauchemar sans réveil, sans après. Car d'un cauchemar, quand il devient trop intense, trop cauchemardesque, eh bien on se réveille. Mais d'un cauchemar réel, on ne se réveille pas." Henri Raczymow, Reliques (7 octobre 2008)
"Les amitiés qui se sont nouées ici, cette année, seront empreintes d'une sincérité, d'une profondeur et d'une espèce de tendresse grave que personne ne pourra jamais connaître. C'est un pacte secret, scellé dans la lutte et les épreuves." Hélène Berr, Journal (6 octobre 2008)
"A chaque époque, il faut tenter d'arracher derechef la tradition au conformisme qui veut s'emparer d'elle." Walter Benjamin, L'homme, le langage et la culture (5 octobre 2008)
"Or précieux, jaune étincelant ; cet esclave jaune scellera et brisera tous les liens (...), fera adorer la lèpre livide, placera au sommet le voleur et lui donnera des titres." William Shakespeare, Timon d'Athènes (4 octobre 2008)
"Il n'est qu'une manière de débuter dans le savoir et sa saveur : c'est d'être ébloui ! Tout ce qui ne commence pas par un éblouissement n'a pas d'avenir." Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé (3 octobre 2008)
"Il en est ainsi : pour acquérir l'expérience de la vie, nous payons de notre vie. De notre vie... Et la chose ressemble, sans vouloir faire de comparaison, à celui qui vend ses cheveux pour s'acheter un peigne." David Grossman, Voir ci-dessous : amour (2 octobre 2008)
"Les hommes qui peuplent l'univers paysan ne vivaient pas un âge d'or. Ils vivaient ce que Chilanti a appelé l'âge du pain, c'est-à-dire qu'ils étaient des consommateurs de biens de toute première nécessité. C'est sans doute cela qui rendait leur vie pauvre et précaire extrêmement nécessaire, tandis qu'il est clair que les biens superflus rendent la vie superflue." Pier Paolo Pasolini, Ecrits (1er octobre 2008)
"Si des gens comme nous comprennent la situation bien mieux que des prétendus experts, ce n'est pas parce qu'ils auraient un quelconque pouvoir de prédire des événements particuliers, mais parce qu'ils ont celui de saisir dans quel monde nous vivons." George Orwell, Essais, articles, lettres (30 septembre 2008)
"Le capitalisme est sans limite et ne s'écroulera pas sous ses propres contradictions : la seule limite au capitalisme et à ses mécanismes de destructions prédatrices, c'est l'endommagemenr irréversible des possibilités de vie humaines et non humaines." Frédéric Neyrat, Ecologistes, encore un effort pour devenir antihumanistes (29 septembre 2008)
"Ceux qui souhaitent un changement de société constatent amèrement que les forces en présence sur terre sont tellement déséquilibrées qu'il devient illusoire d'encore envisager que les mouvements populaires puissent être entendus et a fortiori de faire la révolution. Mais en partant de l'idée que toute société est la résultante des personnes qui la composent, il reste une solution : être la révolution. Personne ne peut empêcher quiconque de penser librement et de changer le monde en concrétisant cette liberté dans le quotidien. Sauf soi-même." Pierre Catelin, Bienvenue sur Terre (28 septembre 2008)
"Le mépris dans lequel les pouvoirs politiques centraux tiennent les minorités rurales se trouve superbement illustré par la réponse de Patrick Devedjian à un élu local de la Meuse protestant du choix de Bure comme site d'enfouissement de déchets radioactifs : -Faites une manif avec 15 000 personnes et on discutera. - Mais en Meuse, 15 000 personnes, c'est impossible ! - Je sais, c'est pour ça qu'on a choisi Bure." Rapporté par Dominique Lamotte, Silence n°330 (27 septembre 2008)
"Un maçon d'Ibiza raconte qu'il y a dix ans, avant l'invasion des touristes, les habitants étaient gentils, affables, vous invitaient à manger chez eux, laissaient la maison ouverte jour et nuit ; maintenant, ils la ferment à clef, sont devenus égoïstes, vous parlent à peine, sont renfermés et soupçonneux, et mangent mieux. Mais qu'ils vivent mieux, qu'ils soient plus heureux, c'est douteux. Avant, ils gagnaient peu, mais n'avaient pas de besoins ; aujourd'hui, ils en ont beaucoup, qu'ils doivent satisfaire. Aussi travaillent-ils bien plus qu'avant, ils se fatiguent, se crèvent, mais, pas plus que les touristes, ils ne peuvent se reposer. (...) Les ravages de la civilisation sont si évidents qu'on a honte de les signaler encore." Emil Cioran, Cahier de Talamanca (26 septembre 2008)
"L'histoire humaine peut bien, dans ses passions, dans ses préjugés, dans tout ce qui relève des impulsions immédiates, être un éternel recommencement mais il y a des pensées qui ont été rectifiées, élargies, complétées. Elles ne retournent pas à leur aire restreinte ou chancelante. Or l'esprit scientifique est essentiellement une rectification du savoir, un élargissement des cadres de la connaissance. Il juge son passé historique en le condamnant. Sa structure est la conscience de ses fautes historiques. Scientifiquement, on pense le vrai comme rectification historique d'une longue erreur, on pense l'expérience comme rectification de l'illusion commune et première. Toute la vie intellectuelle de la science joue dialectiquement sur cette différentielle de la connaissance, à la frontière de l'inconnu. L'essence même de la réflexion, c'est de comprendre qu'on n'avait pas compris." Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique (25 septembre 2008)
"Message de la Terre : L'humanité doit de toute urgence repartir de zéro. Elle a pris un mauvais chemin qui la conduit au désastre." Inscription sur le monument commémoratif du protocole de Kyoto (24 septembre 2008)
"De façon paradoxale, les sociétés totalitaires sont des sociétés dépolitisées par excellence. La politique, à savoir l'activité par laquelle un individu participe au destin d'une collectivité et décide de ce qui la concerne, est, dans une société totalitaire, le monopole d'une infime minorité (parfois un seul homme) et l'expression d'un diktat. Les autres sont totalement réduits à un état infantile : on leur dit ce qu'ils doivent penser, dire, faire. Dans cet univers fermé où c'est l'esprit qui est le plus menacé, la culture devient un moyen de transgression et, par ce fait même, elle acquiert une signification politique. Elle est non seulement un scénario alternatif, mais la résistance à peine perceptible à l'isolement total, à la rupture, à la discontinuité et à la massification. Elle est la mémoire des valeurs détruites et la possibilité de leur reconstruction future. Lorsque tous les moyens de la participation au destin de la communauté sont supprimés, la culture demeure une participation dans l'ombre et la préparation d'une régénération. Elle est, par cela même, subversive au plus haut degré." Gabriel Liiceanu, Le journal de Paltinis (23 septembre 2008)
"Un 22 septembre au diable vous partîtes / Et depuis chaque année à la date susdite / Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous / Or nous y revoilà mais je reste de pierre / Plus une seule larme à me mettre aux paupières / Le 22 septembre aujourd'hui je m'en fous." Georges Brassens, Le 22 septembre (22 septembre 2008)
"Dans l'ambiance nauséabonde d'un millénaire qui bascule dans un autre et où semble compter seulement la consommation d'un tout tout de suite, il fallait bien sauver cette mince bordure de terre sauvage ; résister à la tentation de réfléchir sans penser. Il fallait bien réaffirmer l'urgence d'un temps à perdre (...) contre l'urgence univoque du temps à gagner toujours sur le champ, dont les adeptes ne cessent de rappeler la loi sacro-sainte de rentabilité." Hélène Van Camp, Soit dit en passant (21 septembre 2008)
"Quant à la notion même de patrimoine, sous ses relents de naphtaline et ses airs de ne pas y toucher, on aurait tort de négliger les idées fortes qui la sous-tendent : celle que ce patrimoine-là, qu'il soit classé régional, national, ou mondial et dit - suprême honneur - de l'humanité, présuppose que ce qu'il désigne n'appartient pas exclusivement à son propriétaire selon le cadastre, mais à la collectivité tout entière. Celle aussi que les sites patrimoniaux s'offrent nécessairement à tous les regards qui les embrassent, et qu'ils engagent non moins nécessairement les goûts de tous ceux de qui s'y achète un lopin. L'apparence de la demeure appartient à celui qui la regarde autant qu'à celui qui la possède." Jean Lahougue, Lettre au maire de mon village (20 septembre 2008)
"On a pu délimiter, pour les protéger, jusqu'à des sites naturels qui ne pouvaient se réclamer quant à eux d'aucun vestige ni d'aucun passé glorieux. Des littoraux, des forêts, des vallées dont on ne saurait même dire qu'ils sont rares, mais que la libre prolifération du parpaing raréfierait à coup sûr et, au sens propre, dénaturerait... Si je parle de victoire à propos de cette prise en compte du site, c'est qu'elle implique incidemment - mais à l'évidence - que les destructions ne sont pas les seules préjudiciables au patrimoine, mais que certaines constructions le sont aussi. Ou, si l'on préfère une formulation plus brutale : que certaines constructions, dès lors qu'elles brisent la cohérence du site où elles s'implantent, le détruisent. Que ce soit pour le dénaturer ou pour le déculturer." Jean Lahougue, Lettre au maire de mon village (19 septembre 2008)
"Les débats de l'avenir porteront sur le rapport de l'homme au monde : ils seront des débats éthiques, et c'est par eux qu'un jour, peut-être, renaîtra la politique, dans un processus qui partira du bas, de la démocratie locale et de la définition qu'une communauté donnera d'elle-même, pour aller vers le haut. (...) La solidarité qui doit permettre de dépasser le repli communautaire ne sera donc pas au départ 'politique', elle trouvera son fondement dans le sentiment d'une commune responsabilité devant un monde dont les limites doivent borner l'ambition des hommes." Jean-Marie Guéhenno, La fin de la démocratie (18 septembre 2008)
"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain, Aphorismes (17 septembre 2008)
"On ne changera pas de société si on ne change pas d'éducation ; et ce que je voudrais voir réintroduire, c'est une éducation à la beauté et à la magie de la vie. Si je place l'éducation au centre des solutions pour l'avenir, c'est que j'en suis à me dire que la question n'est pas seulement de savoir : quelle terre laisserons-nous à nos enfants ? Mais tout autant : quels enfants laisserons-nous à cette terre ?" Pierre Rabhi, Terre-Mère homicide involontaire (16 septembre 2008)
"S'il est sain de garder un lien puissant avec ses racines, ne deviennent-elles pas dangereuses lorsqu'elles débordent de terre et envahissent la part aérienne de l'arbre, prêtes à l'étouffer ?" Lydia Flem, Comment j'ai vidé la maison de mes parents (15 septembre 2008)
"Des ghettos de la misère à la misère des ghettos de luxe, la conscience mercenaire supplante la conscience humaine. Le bon usage de la rapacité donne des lettres de créance au mépris des autres qui permet - un exemple entre cent - de fermer les écoles, de rentabiliser l'enseignement, d'enrager les écoliers entassés à trente dans une classe et de recourir ensuite à des méthodes policières pour les mater." Raoul Vaneigem, Pour l'abolition de la société marchande pour une société vivante (14 septembre 2008)
"Nous n'avons pas d'exemples, en nos annales, qu'une république réellement démocratique ait duré plus de quelques années sans se décomposer et disparaître dans la défaite ou la tyrannie, car nos foules ont, en politique, le nez du chien qui n'aime que les mauvaises odeurs. Elles ne choisissent que les moins bons et leur flair est presque infaillible." Maurice Maeterlinck, La Vie des termites (13 septembre 2008)
"Vient un signal comme un espion / Un souffle du Jour plus bref / Une dérobée sans trace de vol / Et les étés sont loin." Emily Dickinson, Quatrains (12 septembre 2008)
"Il est sans cesse apparu que l'attachement de la société à la vie habituelle, mais maintenant perdue depuis longtemps déjà, est si rigide qu'il annihile, même devant un péril extrême, l'usage proprement humain de l'intelligence, c'est-à-dire la prévision." Walter Benjamin, Sens unique (11 septembre 2008)
"Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d'agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d'âmes ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser (...), d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes." Gilles Deleuze & Claire Parnet, Dialogues (10 septembre 2008)
"Nous avons à reconstruire ce qui est déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle. Naturellement, c'est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout." Albert Camus, Noces (9 septembre 2008)
"Nous ne sommes pas des esclaves, obligés de recevoir incessamment sans se plaindre d'insolents coups sur nos nuques inclinées. Nous ne sommes pas un troupeau, forcé de suivre un berger. Nous sommes des créateurs. Nous venons de créer quelque chose qui ira rejoindre les innombrables constructions du passé." Virginia Woolf, Les vagues (8 septembre 2008)
"A l'intérieur, il y avait des femmes avec des enfants, elles parlaient de la soirée d'été, elles disaient que c'était très rare, trois ou quatre fois dans la saison peut-être, et encore, qu'il fallait en profiter avant de mourir parce qu'on ne savait pas si Dieu ferait qu'on ait encore à vivre des étés aussi beaux." Marguerite Duras, Les yeux bleus cheveux noirs (7 septembre 2008)
"Vous promenez vos regards sur votre horizon immense où il n'y aura pas un épi plus haut que l'autre dans la moisson humaine, mais seulement des bleuets et des marguerites au milieu des blés jaunissants." Alfred de Musset, La confession d'un enfant du siècle (6 septembre 2008)
"Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans, la fin de la superstition, adorer - les premiers - Noël sur la terre !" Arthur Rimbaud, Une saison en enfer (5 septembre 2008)
"Si... Parlez-nous encore de ça. C'était si beau, ces petites maisons... il me semble que je les vois... avec leurs fenêtres surmontées de petits auvents de bois découpé... comme des dentelles de toutes les couleurs... Et ces palissades autour des jardins où, le soir, les jasmins, les acacias..." Nathalie Sarraute, Le Silence (4 septembre 2008)
"Que là seulement où tu es, tout soit toujours d'enfance / Alors tu es Tout - tu es inexpugnable." Goethe, cité par Walter Benjamin, Correspondance (3 septembre 2008)
"Les vrais pionniers sont les iconoclastes ; ce sont eux qui préservent la tradition, non pas ceux qui luttent pour la maintenir et qui, ce faisant, nous asphyxient. La tradition ne peut s'exprimer vraiment qu'à travers l'esprit de courage et de défi, et non dans l'observance de la sauvegarde superficielle des coutumes." Henry Miller, Virage à 80 (2 septembre 2008)
"Pourquoi tout changement devait-il se payer par un saccage ?" Jean-Bertrand Pontalis, Loin (1er septembre 2008)
"Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses qui les rendirent le plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur." Guillaume Apollinaire, Le Flâneur des deux rives (31 août 2008)
"Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Rien, j'apprends. Tu apprends quoi ? Rien, j'apprends." Christian Bobin, Autoportrait au radiateur (30 août 2008)
"Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. En ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue." Albert Einstein, cité par Victor Malka, Mots d'esprit de l'humour juif (29 août 2008)
"Et vivre, n'est-ce pas rêver d'un rêve ?" Léon-Paul Fargue, D'après Paris (28 août 2008)
"L'immensité est si vivacement enclose en notre finitude, ses houles y sont si fortes, et si lancinants les chants montés de ses confins, qu'il nous faut bien, vaille que vaille, lui faire en nous un peu de place, lui accorder quelque attention." Sylvie Germain, Immensités (27 août 2008)
"Après la victoire, on a cherché le héros, et l'on a trouvé le peuple." Jules Michelet, Introduction à l'histoire universelle (26 août 2008)
"Que rien ne soit tenu pour honorable / Hormis ce qui change le monde / Définitivement : il en a grand besoin / Lorsque vous quitterez ce monde à votre tour / Ayez comme souci non d'avoir été bons / Cela ne suffit pas / Quittez un monde bon." Bertolt Brecht, Sainte Jeanne des abattoirs (25 août 2008)
"Pour une chenille tombée d'un arbre et qu'on replace sur une feuille, pour une fleurette bleue que le pied se refuse à écraser, pour une bonne pensée qui va au crapaud, la nature chante un hymne d'allégresse, tous les encensoirs se balancent en votre honneur." Jean Genet, cité par Lydie Dattas, La chaste vie de Jean Genet (24 août 2008)
"C'était un bel après-midi. C'était août. Ah ! ce mois terrible dont on sait qu'il est le plus chaud, le coeur de l'année - cette cime - ce calvaire de beauté, ce chemin de croix du mois d'août." Marguerite Duras, Cahiers de la guerre (23 août 2008)
"On ne peut pas être à la fois un gardien de prison et un homme évadé." Pascal Quignard, Les ombres errantes (22 août 2008)
"Savez-vous ce qu'est vivre avec du ciel partout dans son dos, dans son sommeil, par-dessus le toit, à la cave, et tout autour ? Non. Le ciel des villes, c'est de la bibine. C'est comme le loup au zoo. Un éléphant dans un cirque." Dominique Sampiero, Le rebutant (21 août 2008)
"Être libre, c'est s'engager ; s'engager c'est ne plus être libre, tel est au fond le paradoxe éthique." Jean-Paul Sartre, L'espoir maintenant (20 août 2008)
"Mais basta ! Nous avons trop de mots pour la détresse et pas assez pour saluer le jour qui se lève." Jean-Pierre Verheggen, Gisella (19 août 2008)
"Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation menacée." Aimé Césaire, cité par Isabelle Ferreras, Défendre la valeur travail et, plus largement, la démocratie (18 août 2008)
"Les années autrefois étaient plus immobiles/ Les frênes les mésanges l'herbe les étangs / Plus certains Tout était pour de vrai / Ce qui existe a l'air d'exister moins / D'être moins sûr de son droit ou bien / Est-ce moi ?" Claude Roy, Permis de séjour 1977-1982 (17 août 2008)
"On est chez soi. Partout où s'étend le ciel on est chez soi. En tout lieu de cette terre on est chez soi, lorsqu'on porte tout en soi. (...) On doit être sa propre patrie." Etty Hillesum, Une vie bouleversée (16 août 2008)
" - Cet homme est un instituteur, coupa Martinien. Sans lui nous ne saurions même pas parler. - Sans lui nous ne pourrions douter de son utilité, dis-je. C'est lui-même qui nous enseigne qu'il peut ne servir à rien." André Dhôtel, La chronique fabuleuse (15 août 2008)
"Quiconque connaît l'histoire sait que la désobéissance est la vertu originale de l'homme." Oscar Wilde, cité par John Pilger, Quand les mots font écran à l'histoire (14 août 2008)
"Que chacun reste chez soi ! Les Maoris au Groenland, les Basques en Ethiopie, les Picards à Samoa, les Esquimaux à Bratislava, les Celtes en Sibérie et les Papous en Wallonie." Louis Scutenaire, cité par Simon Leys, Les idées des autres, idiosyncratiquement compilées pour l'amusement des lecteurs oisifs (13 août 2008)
"L'utopie n'est pas ce qui est irréalisable, mais ce qui reste à réaliser." Marco Ernani, Une utopie brésilienne (12 août 2008)
« I believe in aristocracy, trough …Et pourtant, je crois en l’aristocratie. Si le mot est exact et si un Démocrate peut l’employer. Non pas à une aristocratie de pouvoir basée sur le rang et l’influence, mais à celle des prévenants, des discrets et de ceux qui ont du cran. On trouve ses membres dans toutes les nations, parmi toutes les classes et chez des gens de tout âge. Et il y a comme une connivence secrète entre eux quand ils se croisent. Ils représentent la seule vraie tradition humaine, l’unique victoire permanente de notre drôle de race sur la cruauté et le chaos. Des milliers d’entre eux périrent dans l’obscurité, peu sont de grands noms. Ils sont à l’écoute des autres comme ils le sont d’eux-mêmes, sont attentionnés sans en faire des tonnes, et leur vaillance n’est pas une pose mais plutôt une aptitude à pouvoir tout endurer. Et en plus…they can take a joke... Ils ont de l’humour. » Edward Morgan Forster, cité par Anna Gavalda, La consolante (11 août 2008)
"Tu grandiras avec cette juste rage qu'éprouvent les pauvres quand ils ne sont pas résignés ; tu parleras à ceux qui passent pour de la racaille aux yeux des puissants (...). Tu allumeras l'espoir en eux, et ils te suivront, car comment pourraient vivre les pauvres s'ils n'avaient pas d'espoir." Antonio Tabucchi, Les oiseaux de Fra Angelico (10 août 2008)
"J'apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avait été persuadé que par l'exemple et par la coutume ; et ainsi je me délivrais peu à peu de beaucoup d'erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle et nous rendre moins capables d'entendre raison." René Descartes, Oeuvres et lettres (9 août 2008)
"Quand bien même vous diriez que la fin du monde est pour demain, je planterai ce soir un pommier dans mon jardin." Martin Luther, cité par Pierre Mertens, Perdre (8 août 2008)
"Le vrai vaincre, son rôle est l'assaut, non le salut ; et l'honneur de la vertu consiste à combattre, non à battre." Michel de Montaigne, Des Cannibales (7 août 2008)
"La seule chose utile qu'un professeur puisse accomplir est d'exposer l'étudiant à une série de questions, de lui faire comprendre que des questions concernant ce qu'il fait peuvent être posées et que les réponses ne peuvent venir que de lui. Un professeur ne peut rien faire d'autre que de poser des questions, et de mettre l'étudiant dans une situation où il puisse se poser ses propres questions. Au-delà, un professeur n'est plus utile." Glenn Gould, Le dernier puritain (6 août 2008)
"La crise tient précisément au fait que l'ancien se meurt et que le nouveau ne peut naître ; dans cet interrègne, une grande diversité de symptômes morbides se fait jour." Antonio Gramsci, Carnets de prison (5 août 2008)
"Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village de vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration." Jean Cayrol, Nuit et brouillard (4 août 2008)
"Etre vivant (...), c'est être fait de mémoire : si un homme n'est pas fait de mémoire, il n'est fait de rien." Philip Roth, Patrimoine (3 août 2008)
"C'est le malheur des temps que les fous guident les aveugles." William Shakespeare, Le roi Lear (2 août 2008)
"Nous ne savons qu'une chose, c'est parce que l'entreprise est vaine que nous l'entreprendrons." Paul Hermant, Au temps pour moi (1er août 2008)
"Je n'aime pas le renoncement, moins encore la résignation. Je ne supporte pas les actes, les mots qui cherchent à effacer ce qui, ne serait-ce qu'un instant, a tenu à la vie." Jean Bertrand Pontalis, L'enfant des limbes (31 juillet 2008)
"Allons ! Il n'est pas de route traçée devant nous !" David Herbert Lawrence, Eros et les chiens (30 juillet 2008)
"Il ne faut jamais oublier que la couche de civilisation est incroyablement mince. Il faut si peu de chose pour que resurgisse la barbarie." Christa Wolf, La femme du mur (29 juillet 2008)
"Il n'y a rien de plus dangeueux pour les nations comme pour les individus que les vessies qui se regardent comme des lanternes et que des lanternes qui tiennent absolument à se faire prendre pour des messies ! De même qu'à tous les surhommes il faut préférer le spectacle rare entre tous : un homme juste, et juste un homme." Paul Claudel, cité par Pierre Rijkmans, La forêt en feu (28 juillet 2008)
"Ceux que fascine l'idée de progrès ne se doutent pas que toute marche en avant rend en mêmetemps la fin plus proche et que de joyeux mots d'ordre comme plus loin et en avant nous font entendre la voix lascive de la mort qui nous incite à nous hâter." Milan Kundera, Le livre du rire et de l'oubli (27 juillet 2008)
"Eh bien ! moi, je n'ai pas le sens de la propriété. D'ailleurs, alors que je suis encore vivant, j'ai le sentiment très fort que rien ne m'appartient, que tout ce que j'ai fait m'était extérieur. Je n'ai rien à faire valoir. Aucun bagage. Aucun titre. Je ne me sens rien. Etranger, isolé. C'est le sort de tous." Alain Cuny, Le désir de parole (26 juillet 2008)
"Peut-on dire : où manque le doute manque aussi le savoir ?" Ludwig Wittgenstein, De la certitude (25 juillet 2008)
"J'ai toujours eu l'attention de ne jamais enseigner que ce que je ne savais pas... J'avais transmis ces choses comme elles étaient alors dans ma passion, nouvelles, animées, brûlantes (...), sous le premier attrait de l'amour". Jules Michelet, cité par Roland Barthes, Le Bruissement de la langue (24 juillet 2008)
"On est toujours irrévérencieux quand on dit la vérité." Robert Walser, Petits textes poétiques (23 juillet 2008)
"Ceux qui vivront dans cent ans, dans deux cents ans après nous, pour qui nous frayons le chemin, est-ce qu'ils s'en souviendront, est-ce qu'ils auront seulement un mot gentil pour nous ? " Anton Tchekhov, Oncle Vania (22 juillet 2008)
"Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité. Plus on donne et plus il vous reste." Romain Gary, Clair de femme (21 juillet 2008)
"La colère, ça fait vivre.Quand t'es plus en colère, t'es foutu." Richard Bohringer, C'est beau une ville la nuit (20 juillet 2008)
"L'indifférence désinvolte aux grandes causes a pour contrepartie l'abdication devant la force, et le fanatisme qui disparaît des sociétés occidentales risque bien de céder la place à une autre maladie de la volonté, guère moins inquiétante : l'esprit de collaboration." Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée (19 juillet 2008)
" La Raison c'est la folie du plus fort. La raison du plus faible c'est de la folie." Eugène Ionesco, Journal en miettes, Chocs (18 juillet 2008)
"Le présent nous étouffe et déchire les identités. C'est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain, lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L'identité n'est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd'hui, je suis absent, demain, je serai présent. J'essaie d'élever l'espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux, et non ce que l'on veut que je sois." Mahmoud Darwich, cité par Isabelle Durant, 15 février 2006 (17 juillet 2008)
"Il faut réveiller les gens. Bouleverser leur façon d'identifier les choses. Il faudrait créer des images inacceptables.Que les gens écument. Les forcer à comprendre qu'ils vivent dans un drôle de monde. Un monde pas rassurant. Un monde pas comme ils croient." Pablo Picasso, cité par André Malraux in La tête d'obsidienne (16 juillet 2008)
"Ce lopin de terre, bon, mauvais / Est à toi ! / Laboure-le, sème-le, moissonne-le pour avoir de bons rendements / Sois-en le serviteur et le maître fidèles / Et protège-le s'il en a besoin / Avec toute ta vigueur : / Avec le fusil, avec la faux, avec la bêche / Que le sang de tes ennemis qui voudraient / Te le prendre / Coule sur son étendue comme de l'eau !" Aron Cotrus, Conseil aux paysans (15 juillet 2008)
"Souvenez-vous que les murs des villes ne se forment que du débris des maisons des champs." Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat social (14 juillet 2008)
"La ville d'Antibes et la ville de Biot vont fusionner. Leurs habitants s'appelleront désormais les Antibiotiques." Francis Blanche, Aphorismes (13 juillet 2008)
« Quand vous êtes dans la caresse et l’effleurement, vous ne pouvez pas être dans la possession ; vous ne dites pas ‘cela est à moi’, c’est comme un échange d’énergie, une profonde reconnaissance dans l’intimité et la distance mêlées. Et cela inclut l’idée de souplesse, de tolérance, de patience. Peut-être qu’un certain nomadisme est une manière de caresser l’espace ou d’être caressé par l’espace, de traverser l’espace et de caresser l’invisible à fleur du visible.(...) On ne construit pas en dur. On ne construit en dur, à la limite, qu’intérieurement. » Sylvie Germain, Le vent ne peut être mis en cage (12 juillet 2008)
"Mais comme c'est toujours le cas dans la vie, quand on enseigne on apprend et quand on donne on reçoit." Daniel Barenboïm, Le maestro Edward Said (11 juillet 2008)
"Les hommes se sentent tellement privés d'écrire l'histoire qu'ils cherchent à inventer, ils font des guerres. Mais aucune femme ne peut avoir cette idée-là. Ecrire l'histoire, pour une femme, c'est avoir un enfant, donner naissance à des gens. Et c'est par privation que les types ont l'idée de se mettre un panier de fer sur la tête et d'aller tirer sur leur voisin." Jean-Luc Godard interviewé par Jean-Luc Douin, in Jean-Luc Godard (10 juillet 2008)
"Savoir vivre, c'est savoir ne pas reculer d'un pouce dans sa lutte contre le renoncement" Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (9 juillet 2008)
"Le renoncement au meilleur des mondes n'est pas le renoncement à un monde meilleur" Edgar Morin, in Le Soir, 15 juin 1995 (8 juillet 2008)
"La plus extrême des conquêtes du pouvoir c'est le plaisir, car c'est lui qui peut par ses séismes ruiner toutes les prétentions hégémoniques, les usurpations de l'ordre ; lui seul inspire le désir de modification et nourrit les utopies." Marie-José Baudinet, L'invisibilité de la peinture (7 juillet 2008)
"Une solitude intangible est pour l'intellectuel la seule attitude où il puisse encore faire acte de solidarité." Theodor Adorno, Minima moralia (6 juillet 2008)
"L’essence de la tyrannie réside en ce qu’elle est exercée par une majorité. En d’autres termes, la tyrannie est démocratique.(…) Il ne reste donc à la majorité, pour être libre, qu’une aspiration suprême : la lutte pour être une minorité !" Fernando Pessoa, Dialogues sur la tyrannie (5 juillet 2008)
"Qui ne peut prendre parti doit se taire." Walter Benjamin, Sens unique (4 juillet 2008)
"Qui plus est, l'obligation - la morale, si l'on veut - de tous les arts aujourd'hui est d'intensifier, de modifier l'appréhension perceptuelle et, par là, la conscience. Appréhension et conscience de quoi ? Du monde matériel réel. Des choses qu'on voit, qu'on entend, qu'on goûte et qu'on touche." John Cage, Journal (3 juillet 2008)
"L'inhabitable : l'architecture du mépris et de la frime, la gloriole médiocre des tours et des buildings, les milliers de cagibis entassés les uns au-dessus des autres, l'esbroufe chiche des sièges sociaux (...), l'espace parcimonieux de la propriété privée, les greniers aménagés, les superbes garçonnières, les coquets studios dans leurs nids de verdure, les élégants pied-à-terre, les triples réceptions, les vastes séjours en plein ciel, vue imprenable, double exposition, arbres, poutres, caractère, luxueusement aménagé par décorateur, balcon, téléphone, soleil, dégagement, vraie cheminée, loggia, évier à deux bacs (inox), calme, jardinet privatif, affaire exceptionnelle. On est prié de dire son nom après dix heures du soir." Georges Perec, Espèces d'espaces (2 juillet 2008)
"Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d'agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d'âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes." Gilles Deleuze & Claire Parnet, Dialogues (1er juillet 2008)
"Je vous le dis, petits bonhommes, couillons de la vie, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens, quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c'est qu'ils vont vous tourner en saucisson de bataille... C'est le signe... Il est infaillible." Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (30 juin 2008)
"La différence entre un bon et un mauvais architecte réside en ce que le mauvais succombe à toutes les tentations quand le bon leur tient tête." Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus (29 juin 2008)
"John Stuart Mill a dit que la dictature rendait les hommes cyniques.Il ne se doutait pas qu'il y aurait des républiques pour les rendre muets." Lu Xun, cité par Pierre Rijkmans in Ombres chinoises (28 juin 2008)
"Car la nouveauté de la politique qui vient, c'est qu'elle ne sera plus une lutte pour la conquête ou le contrôle de l'Etat, mais une lutte entre l'Etat et le non-Etat (l'humanité), disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l'organisation étatique." Giorgio Agamben, La communauté qui vient (27 juin 2008)
"La pensée possède un moment d'universalité : ce qui fut bien pensé sera nécessairement pensé, en un autre lieu et par quelqu'un d'autre : cette certitude accompagne la pensée la plus solitaire et impuissante." Kasimir Malevitch, cité par Andrei Nakov in L'avant-garde russe (26 juin 2008)
"Que la démocratie n'aille pas sans débats, c'est une évidence. Mais que vaudraient les débats sans la réflexion des citoyens ? (...) Il n'y aurait plus que la dictature du gros animal, comme dit Platon, autrement dit de la foule, de la simple sommation des égoïsmes individuels ou corporatistes... La République, c'est autre chose : il ne s'agit pas d'additionner des opinions, mais de forger une volonté." André Comte-Sponville, L'amour la solitude (25 juin 2008)
"Je crois que s'il y a de l'événement aujourd'hui, il a lieu là, dans cet acte de mémoire qui consiste à trahir un certain ordre du capital pour être fidèle à l'autre cap et à l'autre du cap." Jacques Derrida, L'autre cap (24 juin 2008)
"Que vaudrait l'acharnement du savoir s'il ne devait assurer que l'acquisition des connaissances et non pas, d'une certaine façon et autant que faire se peut, l'égarement de celui qui connaît ? Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu'on ne pense et percevoir autrement qu'on ne voit est indispensable pour continuer à regarder et à réfléchir." Michel Foucault, Histoire de la sexualité (23 juin 2008)
"Et si voir c'était le feu, j'exigeais la plénitude du feu, et si voir c'était la contagion de la folie, je désirais follement cette folie." Maurice Blanchot, La folie du jour (22 juin 2008)
"Un pays n'est jamais aussi pauvre que lorsqu'il paraît déborder de richesses." Lao Tseu, Dispute sur le fer et le sel (21 juin 2008)
"Le vingtième siècle parle à l'oeil, et comme la vue est un des sens les plus volages, il lui faut hurler, crier avec des lumières violentes, des couleurs assourdissantes, des images désespérantes à force d'être gaies, des images sales à force d'être propres, vidées de toute ombre comme de tout chagrin. Des images inconsolablement gaies." Christian Bobin, Le Très-Bas (20 juin 2008)
"Celui qui subit passivement son sort quotidiennement étranger est donc poussé vers une folie qui réagit illusoirement à ce sort, en recourant à des techniques magiques. La reconnaissance et la consommation des marchandises sont au centre de cette pseudo-réponse à une consommation sans réponse.(...) Le besoin anormal de représentation compense ici un sentiment torturant d'être en marge de l'existence." Guy Debord, La Société du Spectacle (19 juin 2008)
"Rien n'est pire que l'asservissement occulte. Car si l'asservissement est manifeste, s'il est reconnu comme tel, il existe - au moins en idée - un autre état : celui de liberté. Mais si l'esclavage effectif est appelé par tous : liberté, la liberté n'est même plus pensable : non seulement l'asservissement devient un état naturel, mais la liberté devient un état non naturel." Bertolt Brecht, Ecrits sur la politique et la société (18 juin 2008)
"Que ce soit en architecture ou en esthétique nous avons pas mal de retard." Marcel Broodthaers, Le maçon (17 juin 2008)
"Des mercenaires, des brokers, des chicaneurs et des blasés ont débarqué là où la vie invite des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux." Christiane Singer, N'oublie pas les chevaux écumants du passé (16 juin 2008)
"Enfance bénie ! A l’époque le soleil était éblouissant. Pas comme celui de Pétersbourg. Et le battement de nos cœurs était intrépide et joyeux. Autour de nous s’étendaient prairies et forêts. Non pas ces pierres qui nous entourent aujourd’hui." Fiodor Dostoïevski, Humiliés et Offensés (14 juin 2008)
"Mais nous réclamons davantage à la civilisation (...). Cet 'inutile' dont nous demandons à la civilisation de reconnaître tout le prix n'est autre chose, on s'en rend compte immédiatement, que la beauté.Nous exigeons de l'homme civilisé qu'il honore la beauté partout où il la rencontre dans la nature, et que des mains mettent toute leur habileté à en parer les choses."Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation (13 juin 2008)
"Tout ce qui était beau, tout ce qui était vrai était voué à disparaître." Virginia Woolf, Mrs Dalloway (12 juin 2008)
"C’est étrange que les hommes aient envers leurs désirs tant de méfiance. Ils se méfient car cette leçon est une des premières qu’ils aient reçues en venant au monde : de se méfier de cette cavale fière dont on leur dit qu’elle les emportera vers le démon, de craindre les désirs lumineux et blonds qui leur feraient connaître les émerveillements. Ils ont toute la peur et la honte qu’on leur a enseigné d’avoir. Mais simultanément – là ce n’est plus étrange, cela devient subversif – on les encourage à entretenir de sales vieilles carnes fourbes, à cultiver la vengeance et le pouvoir, ces tristes désirs de pauvres qui leur anéantiront l’enthousiasme avant la septième année de leur enfance." Xavier Deutsch, La vie commence au deuxième verre (11 juin 2008)
"L'alignement des habitations au long des voies de communication doit être interdit." Le Corbusier, La Charte d'Athènes (10 juin 2008)
"Avoir l’esprit politique, c’est prendre un plus grand soin du monde qui était là avant que nous n’apparaissions et qui sera là après que nous aurons disparu que de nous-mêmes, de nos intérêts immédiats et de nos vies. Par là, je ne veux pas dire héroïsme : simplement qu’en entrant dans le domaine politique, toujours en provenance de la sphère privée de notre vie, nous devons être capables d’oublier nos soucis et nos préoccupations." Hannah Arendt, citée par Alain Finkielkraut in L'imparfait du présent (9 juin 2008)
"Apprenons à nous-mêmes et aux autres que la politique n'est pas seulement l'art de ce qui est possible, et cela surtout si nous avons à l'esprit l'art de la spéculation, du calcul, des intrigues, des accords secrets et des manoeuvres pragmatiques, mais qu'elle peut aussi être l'art de l'impossible, c'est-à-dire l'art de nous rendre meilleurs, nous et le monde".Vaclav Havel, L'amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge (8 juin 2008)
"Vieux bureaucrate, mon camarade ici présent, nul jamais ne t’a fait évader et tu n’en es point responsable. Tu as construit ta paix à force d’aveugler de ciment, comme le font les termites, toutes les échappées vers la lumière.
11:29 Écrit par Solstice dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
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